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COMPLICATIONS MÉDICALES DE L’ANOREXIE

L’anorexie mentale, ou anorexie nerveuse, est le trouble le plus répandu parmi les troubles des conduites alimentaires. Il affecte environ 1,4 % des femmes et 0,2 % des hommes et trouve sa plus grande prévalence chez les adolescents (Galmiche et coll., 2019). Ce trouble alimentaire mène à de nombreuses complications médicales ayant des impacts variant de légers à graves sur la santé physique.

Ces complications peuvent comprendre une atteinte des organes vitaux tels que le cœur, les poumons et les reins, un ralentissement de la croissance, une perturbation de la fonction gastro-intestinale et des menstruations, des conséquences neurocognitives, des complications en cas de grossesse et des atteintes dermatologiques. Selon les complications médicales observées, l’hospitalisation peut être nécessaire pour s’assurer de la santé physique imminente de la personne aux prises avec l’anorexie mentale.

Qu’est-ce que l’anorexie mentale?

L’anorexie mentale est principalement caractérisée par un apport alimentaire restreint qui mène à une perte de poids en dessous des valeurs d’indice de masse corporelle (IMC) saines. La personne aura tendance à sauter des repas et/ou à consommer de minimes portions de nourriture. Cette restriction est accompagnée d’une peur très intense d’une reprise de poids ou d’une augmentation de celui-ci, malgré une baisse de poids ou un poids en deçà des normes de santé. Cette crainte de manger et de prendre du poids est d’autant plus forte puisque la personne a une perception d’elle-même faussée, se croyant en surpoids, ou dont l’estime personnelle dépend à l’excès à son image corporelle.

Ce trouble des conduites alimentaires mène donc la personne qui en souffre à restreindre toujours plus fortement son apport alimentaire comme la perte de poids n’est jamais suffisante quant aux perceptions qu’elle a d’elle-même. 

Quelles sont les complications médicales associées à l’anorexie?

Les atteintes aux organes vitaux

anorexie - conséquences médicales
anorexie – conséquences médicales

Les conséquences de l’anorexie mentale atteignant les organes vitaux tels que le cœur, les poumons et les reins, sont les complications les plus redoutées puisqu’elles peuvent mener au décès. Une dysfonction majeure de l’un de ces organes essentiels à la vie peut grandement menacer la qualité de la santé et l’espérance de vie de l’individu. 

Les conséquences cardiaques

  • Les carences énergétiques reliées à la restriction alimentaire mènent potentiellement à un affaiblissement du muscle du cœur. La fréquence cardiaque peut alors être abaissée, ce que l’on appelle une bradycardie, et des arythmies cardiaques peuvent être observées. Une altération au niveau du rythme cardiaque peut avoir des répercussions fatales, telles qu’un arrêt cardiaque menant à une mort soudaine (Puckett et coll., 2021).

Les conséquences pulmonaires

  • De même, les muscles permettant la respiration peuvent également être affaiblies et la capacité des poumons à diffuser adéquatement l’oxygène est réduite par ce trouble des conduites alimentaires. La respiration peut alors devenir difficile et la personne peut souffrir de dyspnée. Il est aussi possible de développer une bronchectasie, maladie qui se manifeste par la présence de toux avec mucus, ou encore un pneumothorax spontané (Puckett et coll., 2021). 

Les conséquences rénales

  • Les reins ont un rôle important pour le contrôle et la régulation des quantités d’eau de l’organisme, le maintien des concentrations adéquates de minéraux et l’élimination des déchets du corps. Toutefois, les fonctions de cet organe peuvent être altérés par les habitudes alimentaires restreignant la consommation de liquides et/ou la présence de vomissements répétés. L’anorexie mentale peut ainsi mener à une insuffisance rénale, soit une dysfonction de la capacité de filtration des reins. Des néphrolithiases, soit des calculs rénaux communément appelés « pierres aux reins », peuvent également se former et provoquer une obstruction au niveau de l’urètre, se manifestant par des douleurs abdominales et des douleurs intenses au niveau des reins. D’autres anomalies peuvent aussi être observées, tels que la présence de pue, de protéines ou de sang dans l’urine (Peterson et Fuller, 2019).

La perturbation de la croissance

Des apports nutritionnels inférieurs aux besoins corporels mènent habituellement à un retard de croissance chez les enfants et les adolescents lorsque ceux-ci perdurent sur une longue période. Les carences énergétiques et l’absence de prise de poids limite la capacité du corps à se développer optimalement. Ainsi, la croissance pourrait s’en voir retardée ou même arrêtée.

Le développement des os s’en voit également affecté. Les os sont alors fragilisés par une densité osseuse réduite. La personne peut donc être plus à risque de fractures ou de souffrir d’ostéoporose (Puckett et coll., 2021). Cette conséquence peut affecter la santé à long terme de l’individu puisque les pertes osseuses au cours de l’anorexie mentale sont irréversibles. 

Les complications gastro-intestinales

Les personnes souffrant d’anorexie expérimentent souvent des complications gastro-intestinales. Les restrictions alimentaires mènent à un retard de la vidange gastrique qui donne une rapide sensation de plénitude durant les repas. Les personnes ressentent alors des douleurs abdominales après avoir mangé, ce qui limite d’autant plus les quantités d’aliments ingérés. Cette sensation de plénitude peut être telle qu’elle suscite des nausées et des vomissements malgré une quantité relativement faible d’aliments. Les personnes vivant avec l’anorexie peuvent aussi souffrir de constipation chronique et de brûlures d’estomac (Peterson et Fuller, 2019; Puckett et coll., 2021).  

L’absence de menstruations

Il est possible d’observer une irrégularité dans les menstruations ou un arrêt complet des règles, aussi appelé aménorrhée, chez les jeunes filles et femmes présentant une anorexie. L’aménorrhée est d’ailleurs très fréquente chez les femmes atteintes d’anorexie mentale, atteignant jusqu’à 84 % d’entre elles (Puckett et coll., 2021). Ce changement dans le cycle menstruel est dû à la diminution de la production d’une hormone essentielle à son fonctionnement, soit l’hormone lutéinisante. La perturbation du cycle menstruel diminue alors la capacité de concevoir un enfant. Toutefois, les menstruations reviennent à la normale lors de la guérison de l’anorexie, soit lors de la reprise d’une alimentation normale et de la reprise pondérale. 

Les complications neurocognitives

L’anorexie mentale induit une carence énergétique qui affecte les structures cérébrales. En effet, le volume de la matière blanche et de la matière grise du cerveau se voit réduites chez les personnes vivant avec ce trouble des conduites alimentaires (Mehler et Brown, 2015). Les parties atteintes affectent négativement la capacité de concentration et d’apprentissage de la personne. Elle peut également expérimenter des troubles au niveau de la mémoire. La personne aura alors une flexibilité mentale réduite, une plus grande difficulté d’introspection et des distorsions cognitives perturbant sa perception de son image corporelle. Les complications neurocognitives peuvent ainsi accentuer les comportements de privation alimentaire, augmenter les troubles psychologiques et expliquer le dénie de la maladie habituellement présent chez ces personnes. Les restrictions alimentaires deviennent alors plus difficiles à cesser dans le contexte de ce cercle vicieux.

Les complications en cours de grossesse

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En cours de grossesse, le bébé se nourrit des nutriments de sa mère. Les carences nutritionnelles et énergétiques d’une femme enceinte souffrant d’anorexie aura ainsi des conséquences sur son fœtus. L’anorexie mentale fait partie des facteurs de risque d’avoir un accouchement prématuré, d’accoucher d’un bébé de faible poids à la naissance ou de recourir à une césarienne lors de l’accouchement. De plus, la femme est plus à risque d’une fausse couche ou d’accoucher d’un bébé mort à la naissance. Les carences du fœtus peuvent également mener à des malformations congénitales, par exemple, en présentant une microcéphalie (Puckett et coll., 2021). 

Les complications dermatologiques

Les complications dermatologiques ont des effets moins dangereux pour la santé, toutefois elles dérangent souvent les personnes aux prises avec l’anorexie mentale puisqu’elles affectent leur image corporelle, soit un aspect souvent important pour elles. Ces personnes alors peuvent observer que leur peau devient plus sèche, avoir une perte de cheveux augmentée ou voir apparaitre du duvet au niveau du dos, de l’abdomen et des bras. La peau peut légèrement jaunir ou encore devenir bleutée et froide aux extrémités telles que les mains et les pieds. La cicatrisation de la peau peut aussi prendre plus de temps qu’à l’habitude (Peterson et Fuller, 2019). 

Critères d’hospitalisation

Les complications de l’anorexie mentale sont nombreuses et comportent un risque vital sur l’état de santé de la personne. En cas d’anorexie sévère, certaines complications justifient une évaluation à l’hôpital pour déterminer si une hospitalisation est nécessaire pour rétablir les signes vitaux. En présence d’un ou plusieurs critères suivants, il est recommandé de se rendre aux urgences le plus rapidement possible pour avoir un examen physique complet (Taddeo, 2022): 

  • Une perte de poids rapide ou un IMC représentant moins de 75 % de l’IMC moyen ;
  • Une fréquence cardiaque de moins de 50 battements/minute ;
  • Une tension artérielle de moins de 90/45 ;
  • Une température corporelle inférieure à 35,5° C ;
  • Un épuisement intense menant à une incapacité d’effectuer les activités de la vie quotidienne ;
  • Un refus complet de boire et de manger ;
  • La présence de confusion mentale ;
  • La présence d’idées suicidaires ou d’un risque suicidaire.

L’hospitalisation permettra de stabiliser l’état de santé urgente du patient et éviter les complications médicales les plus redoutées pour la vie. Toutefois, à la sortie d’une hospitalisation, la personne n’est habituellement pas guérie de sa maladie. Une thérapie auprès de professionnels de la santé spécialisés en troubles alimentaires est nécessaire pour, non seulement éviter les complications médicales, mais aussi guérir de l’anorexie mentale.

L’importance d’aller chercher de l’aide

L’anorexie mentale est une maladie complexe qui affecte plusieurs systèmes du corps de façon réversible ou irréversible. Une aide professionnelle appropriée est nécessaire pour traiter les troubles des conduites alimentaires. Une thérapie initiée rapidement permettra d’éviter davantage l’apparition de complications médicales pouvant aggraver l’état de la personne aux prises avec l’anorexie. 

N’hésitez pas à faire le premier pas vers la guérison en contactant la clinique St-Amour pour recevoir de l’aide. Notre équipe spécialisée est là pour vous écouter, vous aider à mieux comprendre votre trouble du comportement alimentaire et vous guider vers le rétablissement avec les approches thérapeutiques les mieux adaptées à votre situation. 

Références

Galmiche, M., Déchelotte, P., Lambert, G., Tavolacci, M. (2019). Prevalence of eating disorders over the 2000–2018 period: a systematic literature review. The American Journal of Clinical Nutrition, Volume 109, Issue 5, Pages 1402–1413, https://doi.org/10.1093/ajcn/nqy342

Mehler, P. S., & Brown, C. (2015). Anorexia nervosa–medical complications. Journal of Eating Disorders, 3(1), 1-8. https://doi.org/10.1186/s40337-015-0040-8.

Peterson, K., & Fuller, R. (2019). Anorexia nervosa in adolescents: An overview. Nursing, 49(10), 24–30. https://doi.org/10.1097/01.NURSE.0000580640.43071.15.

Puckett, L., Grayeb, D., Khatri, V., Cass, K., & Mehler, P. (2021). A Comprehensive Review of Complications and New Findings Associated with Anorexia Nervosa. Journal of clinical medicine, 10(12), 2555. https://doi.org/10.3390/jcm10122555.

Taddeo, D. (2022). Les troubles de la conduite alimentaire à l’adolescence: Complications médicales. [présentation d’une conférencière invitée]. Projet ECHO, Institut universitaire en santé mentale Douglas, Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Ouest-de-l’île-de-Montréal