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ANOREXIE ET GUÉRISON : NATHALIE ST-AMOUR PREND : « UN TRAIN POUR LA VIE »

À 14 ans, je pesais moins de 70 lb et j’ai souffert d’anorexie de type restrictif. À de nombreuses reprises, j’ai refusé de parler publiquement de mon propre vécu en entrevue. Mes raisons ont toujours été un mélange de pudeur, un malaise face au sensationnalisme souvent associé, le désir de ne pas confondre dans l’esprit des gens l’ex-anorexique à la professionnelle de santé que j’étais devenue et la conscience de l’existence de nombreux préjugés entourant la maladie mentale. J’ai perdu par suicide ou par décès des connaissances vivant la même problématique que moi. Rarement, les raisons étaient liées à leur manque de volonté à vouloir s’en sortir. Très souvent leurs soins étaient insuffisants et/ou inadéquats. De mauvaises interventions aux mauvais moments malgré des gens bien intentionnés laissent des impacts importants et parfois irréversibles. Les connaissances et surtout la compréhension de cette maladie très complexe demeurent déficientes. Bien qu’on puisse guérir et se rétablir complètement d’anorexie très sévère en recevant le soutien et les soins appropriés, je me considère une privilégiée, mais aussi une personne redevable face aux amies que j’ai perdues… dans ce combat.

Mon parcours de vie m’a forcé à voir et à comprendre au-delà des apparences. À l’été 2012, Josélito Michaud, par l’entremise de ses recherchistes, m’a adressé une invitation. Celle de venir parler de mon vécu face à ma guérison de l’anorexie dans le cadre de l’émission «on prend toujours un train» diffusée à Radio-Canada. L’anorexie intrigue, suscite un intérêt et il est facile d’en exploiter le sensationnalisme. Pour la première fois, je sentais que cela serait bon pour moi et pour celles et ceux que j’aide depuis 20 ans. J’ai accepté l’invitation de Josélito. J’ai rencontré lors du tournage de cette émission une équipe vraiment extraordinaire! Des gens accueillants et très sensibles à mon vécu. L’équipe entière fut très respectueuse de mon désir de ne pas m’attarder uniquement à la description des comportements de cette maladie, mais davantage à mon vécu derrière cette détresse et les enjeux sous-jacents à ma guérison. On ne parle pas assez de ce qu’implique le processus de guérison. Celui-ci n’est jamais facile pour la personne qui le vit et tous les gens qui voudront l’aider. Ce processus est très long et impliquera nécessairement de grands changements et aussi de grands deuils. En acceptant de parler publiquement de mon propre vécu avec Josélito, je souhaitais donner de l’espoir à celles et ceux qui sont présentement sur leur propre chemin de leur guérison. Les encourager à persévérer lorsque cela est le plus difficile. Derrière les succès actuels, il y a eu des choix déchirants à faire, des décisions difficiles à prendre et l’impression d’échouer en abandonnant de grandes réussites. Pourtant, maintenant, je sais que c’était le début de ma guérison. L’excellence et la performance telles que je les concevais étaient incompatibles avec ma guérison. Je devais faire le choix de mettre tous mes efforts pour guérir en acceptant de n’être plus aussi performante à mes yeux et à ceux de notre société.

Ces dernières années, j’ai eu le privilège d’accompagner des milliers de personnes vers la guérison. Ce parcours est très difficile et passe nécessairement par un lâcher-prise du contrôle excessif du poids, de la nourriture et de tout ce qui s’y rattache. Cela veut dire beaucoup dans notre société actuelle. Par moments, cela voudra aussi dire avoir l’impression d’agir à contre-courant des valeurs véhiculées par notre société performante où l’excellence, le contrôle, la hantise de l’obésité et la minceur à l’excès sont des valeurs véhiculées dans notre société. Je crois au potentiel de chacun et chacune à découvrir le vrai sens de sa vie. Dans mon cas, ce fut le début de quelque chose d’extraordinaire, la création de la Clinique St-Amour. Ce centre de traitement des troubles alimentaires à Québec accueille maintenant une clientèle de partout dans le monde et est devenu un milieu de stage clinique et de recherche. Je suis devenue une maman de trois enfants, une clinicienne, une enseignante et une chercheuse visant les meilleurs soins et les approches thérapeutiques les plus innovantes pour cette clientèle dont j’y consacre maintenant toutes mes énergies.

J’ai trouvé un sens à donner à ce que j’ai vécu.

Merci à Josélito, Véronique, Shantal, Julie et tout le reste de l’équipe!
Nathalie St-Amour

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