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COMPLICATIONS MÉDICALES DE LA BOULIMIE

La boulimie est un trouble du comportement alimentaire qui peut avoir un impact dévastateur sur la santé mentale et physique. Ces répercussions ne se limitent pas à des changements de comportements et d’habitudes de vie, elles ont des conséquences au niveau de la santé globale de l’individu. La boulimie peut entraîner un large éventail de complications médicales, notamment des déséquilibres électrolytiques, des lésions a l’œsophage et au système digestif, des douleurs abdominales, une déshydratation, des modifications au cycle menstruel, une érosion dentaire, un gonflement au visage et une insuffisance rénale. Des complications psychologiques, relationnelles et financières peuvent aussi être vécues. Un traitement rapide de la maladie est important pour éviter de souffrir des complications médicales à long terme. 

QU’EST-CE QUE LA BOULIMIE ?

La boulimie nerveuse est une maladie qui se présente sous la forme d’alternance entre des épisodes de compulsions alimentaires et de comportements compensatoires inappropriés pour éliminer les aliments ingérés. Les principales méthodes de purge utilisées sont les vomissements volontaires, l’utilisation abusive de laxatifs et de diurétiques, ou bien de l’exercice physique excessif. Ces moyens sont la plupart de temps utilisés pour éviter un gain de poids.

On appelle « compulsion » la consommation d’une quantité d’aliments supérieur à ce qu’un personne serait normalement capable de consommer sur une même période de temps. Les compulsions et les méthodes compensatoires inappropriées ont alors lieu minimalement à chaque semaine depuis au moins 3 mois pour obtenir un diagnostic de boulimie.

La personne vivant de la boulimie fonde une très grande part de son estime personnelle sur la forme de son corps et de son poids corporel. Il est à noter qu’un épisode de boulimie ne doit pas survenir dans un contexte d’anorexie nerveuse afin d’être diagnostiqué comme tel (DSM5).

QUELLES SONT LES COMPLICATIONS MÉDICALES ASSOCIÉES À LA BOULIMIE ?

DÉSÉQUILIBRES ÉLECTROLYTIQUES

Les déséquilibres électrolytiques sont fréquents en présence de boulimie, en raison du risque accru de déshydratation, lorsque la personne se fait fréquemment vomir, ou bien utilise des diurétiques.

Les déséquilibres en potassium, sodium et calcium sont les plus dangereux et peuvent entraîner des arythmies cardiaques, voire dans certains cas extrêmes un arrêt cardiaque. Les analyses de sang qui mesurent les électrolytes et la fonction rénale sont utilisées pour surveiller les déséquilibres, qui peuvent être corrigés par des suppléments oraux.

Pour prévenir ou traiter les déséquilibres électrolytiques, les patients boulimiques doivent consommer des aliments riches en potassium, en sodium et en calcium. Les aliments riches en potassium sont les haricots blancs ou rouges, les pommes de terre avec la pelure, les lentilles, les edamames, les épinards, les bananes, la pêche, l’eau de coco et les patates douces. Le sodium se trouve dans le sel de table, les noix salées, les fromages, la sauce soya, les charcuteries et la plupart des aliments transformés. Les aliments riches en calcium sont les amandes, le jus d’orange enrichi en calcium, le tofu ferme, les haricots blancs, le saumon en conserve avec les arêtes et les produits laitiers.

RUPTURE GASTRIQUE, LÉSION AU NIVEAU DE L’ŒSOPHAGE OU DU SANG LORS DES VOMISSEMENTS

Une rupture gastrique peut se produire lorsque les patients boulimiques recourent à des vomissements excessifs pour se purger après une crise de boulimie. Les vomissements peuvent provoquer une inflammation de la partie supérieure de l’estomac, ce qui entraîne potentiellement une gastrite, des ulcères ou ultimement un trou dans la paroi de l’estomac. Le risque de rupture gastrique est accru chez les patients ayant déjà subi une chirurgie gastrique ou chez ceux qui prennent des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) contre la douleur.

Un patient boulimique qui ressent de fortes douleurs abdominales et ne peut ni manger ni boire doit subir une évaluation médicale afin d’écarter la possibilité d’une rupture gastrique. Les patients boulimiques qui ont des nausées et des vomissements bénéficieront de médicaments qui suppriment la production d’acide gastrique. Les patients chez qui l’on soupçonne une rupture gastrique, ou qui constatent du sang dans leur vomi doivent obtenir de l’aide de toute urgence.

Une personne souffrant de boulimie est plus à risque de souffrir de reflux gastro-œsophagien étant donné les vomissements répétés qui relâchent le sphincter reliant l’estomac à l’œsophage. Les reflux irritent de façon régulière la paroi de l’œsophage pouvant provoquer une œsophagite. À long terme, le type de cellules tapissant l’œsophage peut se modifier pour engendrer une muqueuse de type intestinal. Cette modification de la muqueuse augmente alors de risque de cancer de l’œsophage (Mignot-Bedetti et coll., 2015).

CONSTIPATION ET DOULEURS ABDOMINALES

Les douleurs abdominales sont fréquentes chez les personnes atteintes de boulimie. Les grandes quantités de nourritures ingérées durant les crises de boulimie ainsi que les vomissements répétés peuvent altérer le fonctionnement adéquat du tractus gastro-intestinal. La motilité digestive et une lenteur au niveau du transit intestinal relié, par exemple, à un arrêt brusque de la prise de laxatifs causera fort probablement des douleurs et une constipation.

DÉSHYDRATATION

Les patients boulimiques ayant de nombreux vomissements et/ou utilisant des diurétiques ou des laxatifs s’exposent à la déshydratation. Ils doivent donc porter une attention particulière à leur alimentation au niveau des liquides et de l’eau consommés.

Les patients qui vomissent fréquemment peuvent ne pas absorber suffisamment de liquide pour remplacer ce qu’ils perdent.

Malheureusement, les personnes boulimiques confondent souvent la déshydratation avec une perte de poids. Cette impression augmente leur utilisation des méthodes compensatoires comme les diurétiques ou les laxatifs afin de perdre du poids.

La déshydratation peut entraîner une baisse de la tension artérielle, des étourdissements et des maux de tête. Les patients boulimiques doivent boire beaucoup d’eau et d’autres liquides pour éviter la déshydratation. Les patients qui ont du mal à boire suffisamment peuvent bénéficier d’un dispositif qui les aide à surveiller et à encourager leur consommation de liquide. Ultimement, elles doivent surtout apprendre à diminuer et à éliminer l’utilisation des méthodes de purge.

IRRÉGULARITÉ DU CYCLE MENSTRUEL

Chez les femmes et les jeunes filles ayant une boulimie, il n’est pas rare d’observer des irrégularités dans le cycle menstruel. De 7 % à 40 % de ces femmes ont une absence de règles alors que 37 % à 64 % d’entre elles verraient leur cycle menstruel être allongé (Mignot-Bedetti et coll., 2015). Les règles peuvent parfois s’arrêter sur une période plus ou moins longue. Ces perturbations peuvent être engendrées par plusieurs aspects à la fois. Il est possible que l’irrégularité du cycle menstruel provienne des grandes fluctuations de poids, de carences nutritionnelles et/ou de la détresse émotionnelle. En effet, les personnes aux prises avec la boulimie ont des périodes d’alternance entre les compulsions alimentaires et les méthodes compensatoires occasionnant des variations importantes du poids et parfois certaines carences alimentaires. De plus, l’anxiété habituellement présente pour l’alimentation, le poids et les autres sphères de leur vie peut être suffisamment intense pour modifier l’équilibre hormonal responsable du cycle menstruel.

LA DÉTÉRIORATION DE L’ÉMAIL DES DENTS

Les vomissements réguliers affaiblissent l’émail des dents. La détérioration de l’émail s’effectue davantage sur les surfaces des dents près de la langue. L’amincissement de l’émail s’explique par l’acidité gastrique qui est en contact avec les dents de façon régulière par l’entremise des vomissements. Les dents paraîtront alors abîmées et peuvent s’ébrécher plus facilement.

La détérioration de l’émail dentaire met l’individu plus à risque de développer des caries dentaires puisque la protection des dents est altérée. Des chéilites et des mucosités buccales sont également plus fréquentes chez les patients atteints de boulimie étant donné le contact de la cavité orale avec le vomi. 

Pour éviter et réduire la détérioration de l’émail des dents, il est recommandé d’avoir une bonne hygiène bucco-dentaire. Par exemple, un brossage doux et l’utilisation d’un rince-bouche contenant du fluor est conseiller pour prévenir l’érosion dentaire.

GONFLEMENT AU NIVEAU DU VISAGE

Un gonflement, ou hypertrophie, peut être observé au visage au niveau de la mâchoire. Cette hypertrophie est présente chez 10 % à 25 % des personnes atteintes de boulimie. Elle ne serait pas douloureuse, mais souvent incommodante pour l’individu pour des raisons esthétiques. L’hypothèse posée pouvant expliquer ce gonflement serait la sursollicitation des glandes salivaires lors des crises de boulimie qui mènerait à une augmentation de la vascularisation des cellules. Le volume des cellules serait alors augmenté dû à l’accumulation de déchets organiques à l’intérieur de celles-ci. L’arrêt des vomissements diminuerait l’enflure au visage en 2 à 6 jours (Mignot-Bedetti et coll., 2015). 

L’INSUFFISANCE RÉNALE

La perte augmentée de potassium par la présence répétée de vomissements ou par l’utilisation de laxatifs peut endommager les reins à long terme. L’hypokaliémie (faible taux de potassium sanguin) provoque une détérioration au niveau des tubules rénaux, qui peut progressivement mener à une insuffisance rénale chronique nécessitant des traitements de dialyse ou même une transplantation rénale (Mignot-Bedetti et coll., 2015).

Par ailleurs, une hypophosphatémie (faible taux de phosphate sanguin) relié à la prise de laxatifs ou de diurétiques ou à une réalimentation trop rapide mène potentiellement à une mort cellulaire au niveau des tubules rénaux. Ce déséquilibre électrolytique met à risque la personne de développer une insuffisance rénale aiguë. 

La déshydratation causée par une diminution des apports hydriques et par la forte présence de vomissement peut engendrer une hypovolémie, soit une diminution du volume sanguin total. Le débit sanguin étant réduit, le débit de filtration du sang dans les reins se voit également réduit, mettant à risque d’une insuffisance rénale aiguë fonctionnelle. Ce type d’insuffisance rénale est réversible par une réplétion du volume sanguin, par exemple, par une réhydratation ou une transfusion sanguine. Toutefois, si celui-ci n’est pas corrigé, des dommages aux tubulures se forment et l’insuffisance rénale doit être traitée à l’aide de dialyse le temps que les tubules rénaux cicatrisent (Mignot-Bedetti et coll., 2015).

COMPLICATIONS PSYCHOLOGIQUES DE LA BOULIMIE

La boulimie entraîne potentiellement une détresse psychologique importante. Les patients boulimiques ressentent de la honte, de la culpabilité et une faible estime de soi. La dépression est également fréquente chez les patients boulimiques, et les deux phénomènes sont souvent concomitants.

Les patients boulimiques peuvent par ailleurs souffrir d’anxiété, de problèmes de relations interpersonnelles et de difficultés à conserver un emploi. La psychothérapie peut aider les patients boulimiques à surmonter la honte et la culpabilité.

La thérapie cognitivo-comportementale peut particulièrement être utile aux patients boulimiques, car elle se concentre sur la modification des schémas de pensée et de comportement nuisibles.

PROBLÈMES RELATIONNELS

Des comportements malsains répétés et généralement cachés comme dans la boulimie entraînent potentiellement des problèmes relationnels avec la famille, notamment dans les relations amoureuses. Les patients boulimiques gardent habituellement le secret sur leur alimentation, leurs purges et d’autres comportements associés à ce trouble pendant des années. Par conséquent, les proches des patients peuvent se sentir ignorés et négligés.

Les patients boulimiques bénéficient de la participation à une thérapie axée sur l’amélioration de la communication dans les relations. Les partenaires des patients boulimiques peuvent également bénéficier d’une thérapie, car ils peuvent se sentir dépassés par les demandes d’aide de leur proche pour gérer ce trouble alimentaire.

DIFFICULTÉS FINANCIÈRES

Cela paraît curieux à prime à bord, mais la boulimie entraîne d’importantes difficultés financières, particulièrement si le patient doit s’absenter de son travail. Les patients boulimiques peuvent consulter fréquemment le médecin, s’absenter souvent du travail, voire être licenciés en raison de leur absence.

Certaines personnes qui souffrent de boulimie grave peuvent en venir aussi à voler de la nourriture. Les crises de boulimie fréquentes peuvent avoir un impact financier élevé, ce qui entraine potentiellement la personne dans une spirale de mensonge, à cacher de la nourriture et ultimement à voler.

EN RÉSUMÉ, COMMENT GÉRER LES COMPLICATIONS MÉDICALES DE LA BOULIMIE ?

  • Les patients boulimiques doivent boire beaucoup d’eau pour éviter la déshydratation.
  • Les patients boulimiques doivent également éviter la déshydratation en limitant la quantité de caféine et d’autres diurétiques qu’ils consomment, ainsi que la quantité d’alcool qu’ils boivent.
  • Les patients boulimiques doivent également consulter un médecin en cas d’étourdissements, de vertiges, de nausées ou de faiblesse.
  • Les patients boulimiques doivent également consulter un médecin s’ils ressentent de fortes douleurs abdominales, des nausées, des vomissements ou s’ils remarquent du sang lorsqu’ils vomissent. Les patients qui présentent ces symptômes peuvent avoir une rupture gastrique ou une déchirure œsophagienne.
  • Les patients boulimiques doivent également consulter un médecin s’ils ne constatent pas d’amélioration de leurs symptômes après avoir suivi un traitement.

CONCLUSION : LE TRAITEMENT OU L’IMPORTANCE D’ALLER CHERCHER DE L’AIDE

La boulimie induit de nombreuses conséquences au niveau de la santé physique et psychologique, des relations interpersonnelles et même au niveau financiers. Les conséquences médicales sont particulièrement importantes puisque certaines peuvent être irréversibles, tel que la détérioration de l’émail des dents et l’insuffisance rénale ou encore fatale par exemple avec un arrêt cardiaque lié aux déséquilibres électrolytiques. Il importe de traiter rapidement et adéquatement ce trouble alimentaire pour éviter que les complications impactent négativement la vie de la personne atteinte.

COMMENT SAVOIR SI JE SOUFFRE DE BOULIMIE ?
TEST DE DÉPISTAGE

Vous vous questionnez si vous ou l’un de vos proches pourrait souffrir de boulimie? Répondez au questionnaire SCOFF pour vous aider à déterminer si vous êtes à risque de boulimie (Morgan et coll., 1999):

  • Vous arrive-t-il de vous faire vomir parce que vous vous sentez inconfortablement trop pleine?
  • Vous arrive-t-il d’avoir la sensation de perdre le contrôle sur la quantité d’aliments que vous mangez?
  • Avez-vous déjà perdu plus de 6 kg sur une période de 3 mois récemment?
  • Vous faites vous dire que vous être mince ou trop mince alors que vous avez l’impression d’avoir du poids en trop?
  • L’alimentation et les préoccupations liées aux aliments prend-t-elle une place trop importante dans votre vie?

Si vous avez répondu « oui » à deux questions ou plus, il est probable que vous vous souffriez d’un trouble alimentaire de type boulimie ou anorexie. Contactez-nous pour une évaluation plus complète de votre situation et pour recevoir de l’aide adéquate et personnalisée. 

RÉFÉRENCES

Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Fifth Edition Text Revision, DSM-5-TR, Feeding and eating disorders.

Mignot-Bedetti, M., Blanchet-Collet, C., & Moro, M. R. (2015). La boulimie nerveuse, une pathologie aux multiples complications [Bulimia nervosa, a pathology with multiple complications]. Soins. Pediatrie, puericulture, (286), 22–25. https://doi.org/10.1016/j.spp.2015.07.004

Morgan J F, Reid F, Lacey J H. (1999). The SCOFF questionnaire: assessment of a new screening tool for eating disorders BMJ; 319 :1467 doi:10.1136/bmj.319.7223.1467