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Boulimie et sexualité : comprendre leurs relations complexes

La boulimie est un trouble de l’alimentation qui se caractérise par des épisodes de compulsions alimentaires et l’utilisation de méthodes pour compenser les excès alimentaires dans la visée d’éviter la prise de poids. L’estime de soi de la personne atteinte de boulimie peut également être excessivement influencée par son poids et son apparence physique. 

On remarque divers liens entre ce trouble alimentaire et la sexualité, d’abord que cette sphère est souvent mise de côté puisque le trouble alimentaire prend beaucoup de place au quotidien. La sexualité peut aussi être source de conflits lorsqu’une personne est atteinte de boulimie nerveuse, soit parce qu’elle évite l’intimité avec son partenaire ou parce qu’elle vit des difficultés sexuelles qui résultent du trouble alimentaire. 

Il peut également être un défi pour le partenaire de comprendre le trouble, de savoir quels comportements ou attitudes peuvent blesser ou renforcer le trouble alimentaire. Lorsqu’une personne qui vit avec la boulimie a des difficultés dans sa sexualité, cela peut aussi avoir des répercussions sur sa relation amoureuse. 

L’impact de la boulimie sur l’intimité

L’intensité et la sévérité des symptômes liés au trouble alimentaire des femmes usant de méthodes compensatoires et d’épisodes d’excès alimentaires aurait un impact sur la présence de diverses difficultés sexuelles (Dunkley et coll. 2020).

  • Une image corporelle plus négative
  • Un plus grand indice de masse corporelle
  • Une plus grande fréquence des épisodes de compulsions alimentaires

La boulimie serait donc associée à davantage d’évitement de la sexualité et des dysfonctions sexuelles, par exemple :  (Dunkley et coll. 2020)

  • Difficultés d’excitation et à atteindre l’orgasme, 
  • Absence ou réduction de la lubrification,
  • Douleurs ou inconforts aux relations sexuelles,
  • Baisse de la satisfaction sexuelle générale.

Les tendances à l’impulsivité souvent présente chez les personnes atteintes de boulimie peuvent aussi avoir un impact dans la sexualité, soit en adoptant des comportements sexuels à risque tel que (Dunkley et coll. 2020 ; Castellini et coll. 2016) :

  • Moins de connaissances concernant la contraception 
  • Début hâtif des premières expériences sexuelles
  • Utilisation inadéquate des contraceptifs 
  • Grossesses non planifiées
  • Désinhibition sexuelle (P. Ex : commentaires sexuels inappropriés, contacts physiques à connotation sexuelle, exposition de son corps) (Castellini et coll., 2019).

Tous ces impacts dans la sexualité peuvent également mener à des répercussions dans la relation amoureuse, soit par des conflits ou d’autres enjeux tels que :

  • Un sentiment de rejet de la part d’un des partenaires,
  • Une frustration et incompréhension de la problématique,
  • Une baisse de la confiance en soi comme partenaire,
  • Une distanciation émotionnelle entre les partenaires qui n’arrivent pas à communiquer, etc.

Il est également possible que l’intimité globale du couple soit moindre, par exemple, si la personne vivant avec un trouble alimentaire évite les repas en amoureux ou les sorties sociales impliquant de la nourriture. Si le besoin de proximité avec l’autre n’était comblé que dans ces moments, des insatisfactions peuvent émerger suite à l’isolement dû aux méthodes compensatoires ou aux excès alimentaires fait en cachette. 

Boulimie-intimité-sexualité

L’agression sexuelle en enfance (ASE) : un facteur de risque au développement de la boulimie

Bien que le vécu d’une ou plusieurs ASE soit un facteur de risque particulièrement au développement de la boulimie, les autres types de troubles alimentaires sont aussi plus à risque de développement suite à ces évènements (Castellini et coll. 2016 ; Welch et Fairburn, 1996).

La culpabilité et la honte sont des émotions pouvant déclencher des compulsions alimentaires et qui sont aussi présentes en réponse à des agressions sexuelles (Juli, 2015). La gestion des émotions serait plus difficile suite à une agression sexuelle à l’enfance, une caractéristique qui est aussi présente chez les personnes atteint de boulimie ou d’un autre trouble alimentaire. L’intervention visant à réduire l’impulsivité et à améliorer la gestion des émotions pourrait alors être bénéfique (Sanci et coll. 2008). 

L’incidence de la boulimie serait 2,5 fois plus élevée chez les personnes ayant vécu une ASE et cette incidence encore plus forte lorsque la personne a vécu deux épisodes ou plus d’ASE (Sanci et coll. 2008)

Violence entre partenaires intimes

Les données disponibles concernant la prévalence de la violence entre partenaires intimes chez les personnes atteintes de boulimie sont variables. On estime que la violence entre partenaires intimes concerne de 15 à 40 % des personnes vivant de la boulimie qui sont en relation amoureuse. La violence sexuelle, précisément, aurait une prévalence de 15,4 % dans cette population (Bundock et coll. 2013). 

De plus, les comportements de tentative de contrôle du poids pourraient être une façon pour la personne d’avoir du contrôle sur son corps en réponse à celui exercé par le partenaire violent (Bretaña et coll. 2025), par exemple :

  • Vomissements provoqués,
  • Laxatifs,
  • Exercice physique intense, etc.

Orientation sexuelle et identité de genre 

Indirectement, l’orientation sexuelle et l’identité de genre ont parfois une influence sur le développement de troubles alimentaires tels que la boulimie nerveuse. 

Le stress causé par les discriminations subies par les personnes bisexuelles et par la vision binaire de la sexualité dans la société, qui s’attend à ce qu’une personne se définit soit hétérosexuelle, soit homosexuelle, pourrait être lié aux troubles alimentaires chez les femmes, notamment les comportements de restriction alimentaire, les compulsions et l’utilisation de méthodes compensatoires (Dotan et coll., 2021). Bref, ce serait la présence du stress minoritaire plutôt que l’orientation sexuelle elle-même qui favoriserait le développement de ces comportements. 

Les personnes transgenres et intersexes présentent aussi une probabilité plus élevée que les personnes cisgenres de recevoir un diagnostic de trouble alimentaire. L’alimentation aurait une fonction adaptative au stress vécu conséquemment à la discrimination envers cette population (Diemer et coll., 2018). 

Les femmes bisexuelles et les hommes gays seraient plus enclins à être insatisfaits de leur poids, ce qui est un facteur de risque important pour plusieurs enjeux de santé mentale, dont les troubles alimentaires (Meneguzzo et coll., 2021). 

Cependant, les symptômes de boulimie seraient plus présents chez les femmes hétérosexuelles que chez les femmes lesbiennes. L’hypothèse émise est que l’attraction pour les hommes serait donc un facteur de risque à une image corporelle négative et au développement de troubles alimentaires (Ruiz de Assin Varela et coll., 2022). 

Bref, les taux élevés de stigmatisation rapportés au sein de la population 2SLGBTQ+ ont été liés à une plus grande présence de crises d’hyperphagie, de jeûne ou de vomissements auto-induits (Watson et coll., 2017).

Chez les hommes en général, les estimations de la prévalence de la boulimie varient de 0,1 à 1,6 %. Ils représentent environ un tiers de tous les cas de boulimie (Gorrell et Murray, 2019). 

Finalement, les adolescents s’identifiant comme homme ayant une expérience sexuelle avec des personnes du même sexe étaient plus susceptibles de vivre des symptômes de boulimie que ceux n’ayant pas d’expérience avec d’autres adolescents hommes. Cette prévalence serait sept fois plus élevée chez les garçons ayant eu une expérience homosexuelle (Gorrell et Murray, 2019). 

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Conclusion  : Un accompagnement pour répondre à ces besoins spécifiques 

La sexualité est importante à considérer dans le traitement de la boulimie chez plusieurs patient.es. Celle-ci peut avoir été mise de côté et être source de souffrance. D’autre part, des sphères de la sexualité peuvent contribuer à maintenir la présence du trouble alimentaire. 

Une sexualité traumatique peut mener à une grande difficulté à gérer ses émotions, mécanisme qui se reproduit souvent chez les personnes atteintes de boulimie ou d’autres troubles alimentaires. 

Les agressions sexuelles sont difficiles à aborder et peuvent être sources de traumas. Les psychothérapeutes sont formés pour accueillir et aider ces victimes à se rebâtir suite à ces évènements. 

Références

Behar, R., Arancibia, M., Sepúlveda, E., & Muga, A. (2016). Child sexual abuse as a risk factor in eating disorders. Eating disorders in the 21st century. Eating disorders: Prevalence, risk factors and treatment options. New York: Nova Science Publishers, 149-172. 

Bretaña, I., Mendia, J., Díaz-Gorriti, V. et al. Intimate partner violence and eating disorders: a systematic review. Curr Psychol (2025). https://doi.org/10.1007/s12144-024-07164-1 

Bundock, L., Howard, L. M., Trevillion, K., Malcolm, E., Feder, G., & Oram, S. (2013). Prevalence and risk of experiences of intimate partner violence among people with eating disorders: a systematic review. Journal of psychiatric research, 47(9), 1134–1142. https://doi.org/10.1016/j.jpsychires.2013.04.014

Castellini G, Lelli L, Cassioli E, Ricca V. (2019) Relationships between eating disorder psychopathology, sexual hormones and sexual behaviours. Mol Cell Endorinol. https://doi.org/10.1016/j. Mce.2019.04.009 

Castellini, G., Lelli, L., Ricca, V., & Maggi, M. (2016). Sexuality in eating disorders patients: etiological factors, sexual dysfunction and identity issues. A systematic review. Hormone molecular biology and clinical investigation, 25(2), 71–90. https://doi.org/10.1515/hmbci-2015-0055

Castellini, G., Lo Sauro, C., Ricca, V., et Rellini, A. H. (2017). Body esteem as a common factor of a tendency toward binge eating and sexual dissatisfaction among women: The role of dissociation and stress response during sex. The Journal of Sexual Medicine, 14(8), 1036–1045. https://doi.org/10.1016/j.jsxm.2017.06.001 

Diemer, E. W., White Hughto, J. M., Gordon, A. R., Guss, C., Austin, S. B., & Reisner, S. L. (2018). Beyond the Binary: Differences in Eating Disorder Prevalence by Gender Identity in a Transgender Sample. Transgender health, 3(1), 17–23. https://doi.org/10.1089/trgh.2017.0043 

Dotan, A., Bachner-Melman, R., & Dahlenburg, S. C. (2021). Sexual orientation and disordered eating in women: a meta-analysis. Eating and weight disorders : EWD, 26(1), 13–25. https://doi.org/10.1007/s40519-019-00824-3

Dunkley, C. R., Svatko, Y., et Brotto, L. (2020). Eating disorders and sexual function reviewed: A trans-diagnostic, dimensional perspective. Current Sexual Health Reports, 18(1), Article 10.1007/s11930-020-00236-w. https://doi.org/10.1007/s11930-020-00236-w 

Gorrell, S., & Murray, S. B. (2019). Eating Disorders in Males. Child and adolescent psychiatric clinics of North America, 28(4), 641–651. https://doi.org/10.1016/j.chc.2019.05.012 

Juli M. R. (2015). Can Violence cause Eating Disorders?. Psychiatria Danubina, 27 Suppl 1, S336–S338.

Meneguzzo, P., Collantoni, E., Bonello, E., Vergine, M., Behrens, S. C., Tenconi, E., & Favaro, A. (2021). The role of sexual orientation in the relationships between body perception, body weight dissatisfaction, physical comparison, and eating psychopathology in the cisgender population. Eating and weight disorders : EWD, 26(6), 1985–2000. https://doi.org/10.1007/s40519-020-01047-7

Parker, L. L., & Harriger, J. A. (2020). Eating disorders and disordered eating behaviors in the LGBT population: a review of the literature. Journal of eating disorders, 8, 51. https://doi.org/10.1186/s40337-020-00327-y

Ruiz de Assin Varela, P.M., Caperos, J.M. & Gismero-González, E. (2022). Sexual attraction to men as a risk factor for eating disorders: the role of mating expectancies and drive for thinness. J Eat Disord 10, 52. https://doi.org/10.1186/s40337-022-00576-z

Sanci, L., Coffey, C., Olsson, C., Reid, S., Carlin, J. B., & Patton, G. (2008). Childhood sexual abuse and eating disorders in females: findings from the Victorian Adolescent Health Cohort Study. Archives of pediatrics & adolescent medicine, 162(3), 261–267. https://doi.org/10.1001/archpediatrics.2007.58 

Watson, R. J., Veale, J. F., & Saewyc, E. M. (2017). Disordered eating behaviors among transgender youth: Probability profiles from risk and protective factors. The International journal of eating disorders, 50(5), 515–522. https://doi.org/10.1002/eat.22627

Welch, S. L., & Fairburn, C. G. (1996). Childhood sexual and physical abuse as risk factors for the development of bulimia nervosa: A community-based case control study. International Journal of Eating Disorders, 20(1), 49–55. https://doi.org/10.1016/0145-2134(96)00051-8

Auteurs/autrices

  • Nathalie St-Amour Ph.D.

    Nathalie St-Amour, fondatrice et directrice de la Clinique St-Amour, est une experte multidisciplinaire en psychologie, sciences infirmières et kinésiologie, avec plus de 30 ans d’expérience dans le traitement des troubles de l’alimentation. Détentrice d’un doctorat en psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières, elle a consacré sa carrière à aider ses patients à retrouver un équilibre avec leur image corporelle et leur relation à la nourriture, y compris ceux ayant besoin d’accompagnement avant et après une chirurgie bariatrique. Passionnée par la prévention et l’innovation, Mme St-Amour dirige une équipe dédiée et s’implique activement dans la recherche et la création de méthodes de soutien adaptées pour améliorer le traitement des personnes qui souffrent de troubles alimentaires.

    Docteure en psychologie

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