comprendre son partenaire souffrant d'un trouble alimentaire

Comprendre le trouble alimentaire que votre partenaire vit

Selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5), un trouble alimentaire se caractérise par une perturbation persistante de l’alimentation ou des comportements alimentaires, ayant un impact notable sur la santé physique et psychologique. Les impacts peuvent s’étendre jusqu’à la sexualité et à la relation amoureuse de la personne atteinte. Reconnaître les symptômes, les facteurs contributifs et les divers impacts des troubles alimentaires permet au partenaire amoureux d’apporter un plus grand soutien à la démarche. 

Quels sont les troubles alimentaires courants ?

L’anorexie mentale se manifeste par un refus persistant de s’alimenter de manière suffisante, principalement pour perdre du poids ou éviter d’en prendre (American Psychiatric Association, 2013). 

La boulimie nerveuse est caractérisée par des crises de consommation excessive de nourriture, souvent vécues de manière compulsive et impulsive, suivies de comportements compensatoires tels que le jeûne, le vomissement, l’utilisation de laxatifs ou d’autres méthodes pour prévenir la prise de poids (American Psychiatric Association, 2013). On identifie donc une alternance entre l’excès et le contrôle.

L’hyperphagie, bien qu’elle partage la consommation excessive d’aliments avec la boulimie, se distingue par l’absence de comportements de compensation. Les personnes atteintes consomment de larges quantités de nourriture sans essayer de les éliminer (American Psychiatric Association, 2013).

Ces troubles provoquent des perturbations importantes dans le rapport à la nourriture, à l’image corporelle et au poids, nécessitant une prise en charge adaptée pour éviter des conséquences graves sur la santé.

Connaissance des facteurs de risques

Les troubles alimentaires sont des conditions complexes influencées par une multitude de facteurs. Il est possible de modifier certains aspects de l’environnement et des comportements pour améliorer la situation. Il est crucial d’adopter une approche thérapeutique qui ne blâme pas les individus ou leurs familles, car cela facilite le processus de guérison. En outre, maintenir des liens sociaux, pratiquer régulièrement une activité physique et adopter des choix alimentaires sains permet d’atténuer ces risques.

Des facteurs de risques d’origine familiale peuvent aussi contribuer à l’apparition d’un trouble alimentaire. Au contraire, la famille peut aussi agir comme facteur de protection, soit en communiquant positivement ainsi qu’en étant un milieu sécurisant et soutenant. Une prise en charge adaptée peut atténuer ces influences et favoriser un rétablissement.

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Impacts émotionnels et sur l’intimité

Les troubles alimentaires peuvent avoir un impact profond sur la dynamique relationnelle, souvent marquée par des difficultés de communication et de compréhension entre partenaires. L’image corporelle déformée et les préoccupations alimentaires peuvent créer des barrières dans la vie intime, conduisant à des sentiments d’anxiété et de malaise lors des moments d’intimité physique (Pinheiro et coll., 2010). Diverses difficultés sexuelles peuvent apparaître : 

  • Baisse de désir sexuel (Gonidakis et coll., 2014; Gonidakis et coll., 2016 ; Price et coll., 2020)
  • Évitement de l’intimité (Gonidakis et coll., 2016)
  • Douleur lors des relations sexuelles (Price et coll., 2020)
  • Baisse de la lubrification (Price et coll., 2020)
  • Capacité réduite à atteindre l’orgasme (Castellini et coll., 2016)
  • Vaginisme (Dunkley et coll., 2020)

Tous ces impacts dans la sexualité peuvent également mener à des conséquences dans la relation amoureuse, telles qu’une baisse de confiance en soi dans son rôle d’amoureux et une distance émotionnelle. 

Indépendamment de la présence de difficultés sexuelles, le.la partenaire peut ressentir une impuissance face à la souffrance de l’autre, ce qui peut engendrer de la frustration et un sentiment d’échec. De plus, les troubles alimentaires s’accompagnent souvent de mécanismes de défense, tels que le mensonge et le secret, qui peuvent détériorer la confiance mutuelle.

Construire un climat de confiance et de soutien est essentiel pour surmonter l’impact des troubles alimentaires sur la relation de couple. Cela implique de s’engager dans une communication authentique, une écoute active et un accueil émotionnel constant, permettant ainsi de renforcer la relation face aux défis posés par ces troubles. 

Les troubles alimentaires peuvent générer une distance émotionnelle dans les couples en raison des préoccupations obsessionnelles liées à l’alimentation et à l’image corporelle. La personne souffrant d’un trouble alimentaire peut se replier sur elle-même, vivant dans une peur permanente de l’intimité. Le partenaire non atteint peut, de son côté, vivre un tourbillon émotionnel, ressentant de la culpabilité à l’idée de ne pas pouvoir « sauver » l’autre. La récurrence des tensions liées à l’alimentation peut aussi restreindre leur participation à des activités sociales ou des sorties. Cela isole davantage le couple, emportant avec lui la spontanéité et l’amusement partagés. 

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Conclusion – À retenir

En identifiant ces impacts, les couples peuvent commencer à travailler ensemble vers une relation plus harmonieuse. Un suivi avec des professionnels, tel que sexologue, intervenant psychosocial, psychoéducateur ou psychothérapeute, peut être aidant si les stratégies essayées ne fonctionnent pas. 

Pour mieux soutenir un.e partenaire vivant un trouble alimentaire, retenez ces éléments essentiels :

  • Informez-vous sur les troubles alimentaires et leurs impacts.
  • Favorisez une communication ouverte, sans jugement.
  • Soyez attentif  aux répercussions sur l’intimité.
  • N’hésitez pas à chercher du soutien professionnel en couple.

Avec écoute, empathie et accompagnement adapté, il est possible de préserver et renforcer la relation.

Références : 

American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (DSM-5®): American Psychiatric Pub.

Castellini, G., Lelli, L., Ricca, V., & Maggi, M. (2016). Sexuality in eating disorders patients: Etiological factors, sexual dysfunction, and identity issues. A systematic review. Hormone Molecular Biology and Clinical Investigation, 25(2), 71–90. https://doi.org/10.1515/hmbci-2015-0055

Dunkley, C. R., Svatko, Y., et Brotto, L. (2020). Eating disorders and sexual function reviewed: A trans-diagnostic, dimensional perspective. Current Sexual Health Reports, 18(1), Article 10.1007/s11930-020-00236-w. https://doi.org/10.1007/s11930-020-00236-w

Gonidakis, F., Kravvariti, V., Fabello, M., & Varsou, E. (2016). Anorexia nervosa and sexual function. Current Sexual Health Reports, 8, 19–26. https://doi.org/10.1007/s11930-016-0064-3 

Gonidakis, F., Kravvariti, V., & Varsou, E. (2014). Sexual function of women suffering from anorexia nervosa and bulimia nervosa. Journal of Sex & Marital Therapy, 41(4), 368–378. https://doi.org/10.1080/0092623X.2014.915904

Price, T., Zebitz, M., Giraldi, A., Lokind, T. S., Treasure, J., & Sjögren, J. M. (2020). Sexual function and dysfunction among women with anorexia nervosa: A systematic scoping review. The International Journal of Eating Disorders, 53(9), 1377–1399. https://doi.org/10.1002/eat.23299

Auteurs/autrices

  • Nathalie St-Amour Ph.D.

    Nathalie St-Amour, fondatrice et directrice de la Clinique St-Amour, est une experte multidisciplinaire en psychologie, sciences infirmières et kinésiologie, avec plus de 30 ans d’expérience dans le traitement des troubles de l’alimentation. Détentrice d’un doctorat en psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières, elle a consacré sa carrière à aider ses patients à retrouver un équilibre avec leur image corporelle et leur relation à la nourriture, y compris ceux ayant besoin d’accompagnement avant et après une chirurgie bariatrique. Passionnée par la prévention et l’innovation, Mme St-Amour dirige une équipe dédiée et s’implique activement dans la recherche et la création de méthodes de soutien adaptées pour améliorer le traitement des personnes qui souffrent de troubles alimentaires.

    Docteure en psychologie

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