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HYPERPHAGIE BOULIMIQUE

L’hyperphagie boulimique est un trouble de comportement alimentaire qui se manifeste par la présence de compulsions ou de rages alimentaires. La personne hyperphagique éprouve alors une perte de contrôle sur son alimentation. Ceci la conduit à ingérer une quantité d’aliments supérieurs à ce que la majorité des personnes consommerait habituellement, et ceci dans un court laps de temps.

Dans l’hyperphagie, il n’y a pas utilisation de comportements compensatoires inappropriés pour tenter d’éliminer les aliments consommés, tel que dans la boulimie. C’est la fréquence des crises alimentaires accompagnée du sentiment de perte de contrôle qui détermine en grande partie le diagnostic. L’hyperphagie aussi appelé « Accès hyperphagique » s’accompagne d’une grande souffrance psychologique.

Dans cet article, les renseignements fournis vous permettront de mieux comprendre en quoi consiste l’hyperphagie boulimique, les symptômes associés à cette maladie et d’obtenir plus d’informations quant aux traitements.

DÉFINITION DE L’HYPERPHAGIE

L’hyperphagie est définie selon le Manuel Diagnostic et statistique des troubles mentaux 5e édition en fonction de la présence des 6 critères diagnostique chez l’individu: 

  • Des crises de boulimie fréquentes (consommation d’aliments pendant une courte période en plus grande quantité que ce que la plupart de personnes seraient capables de manger).
  • Avoir une sensation de perte de contrôle durant les crises de boulimie.
  • Présenter au minimum 3 des critères suivants durant les épisodes de crises boulimique:
    • Consommer les aliments très rapidement;
    • S’alimenter jusqu’à ce qu’une sensation d’inconfort abdominale apparaisse;
    • Consommer une quantité importance d’aliments sans que les signaux de faim physique soient présents;
    • Se cacher pour manger étant donné la présence de honte en lien avec la quantité d’aliments consommés;
    • Expérimenter un sentiment de dégoût envers soi, de culpabilité ou de déprime suite à une consommation excessive d’aliments.
  • Les crises boulimiques suscitent une grande souffrance.
  • La fréquence de crises de boulimie est minimalement d’une fois par semaine depuis au moins trois (3) mois.
  • Il n’y a pas d’utilisation de méthodes compensatoires inappropriées (ex: vomissements, laxatifs, exercice physique excessif, jeûne, etc.) suite aux crises boulimiques.

QUI EST À RISQUE DE SOUFFRIR D’HYPERPHAGIE?

Parmi les troubles des comportements alimentaires, l’hyperphagie est le plus fréquent dans la population. Bien que ce trouble de l’alimentation soit plus fortement prévalent chez les femmes, il se présente également chez beaucoup d’hommes. La maladie se développe majoritairement dès l’adolescence et le début de l’âge adulte. Selon une étude, l’hyperphagie débuterait habituellement entre 15 et 27 ans (McCuen-Wurst et coll., 2018). 

Plusieurs facteurs peuvent augmenter les risque d’une personne de souffrir d’hyperphagie. La génétique et certains facteurs physiologiques, tels qu’une grande capacité gastrique, une satiété de fable durée, une obésité à l’enfance et une variation des quantités d’hormones responsables de la faim, favorisent l’apparition d’hyperphagie. Celle-ci peut aussi être favorisée par une mauvaise gestion des émotions, une personnalité impulsive et une insatisfaction corporelle. Les influences externes, comme la stigmatisation et les préjugés envers le poids, véhiculés par la culture et la société, sont aussi des facteurs importants. 

PRINCIPALE DIFFÉRENCE ENTRE L’HYPERPHAGIE ET LA BOULIMIE

L’hyperphagie et la boulimie font partie des troubles alimentaires les plus fréquents. L’hyperphagie est toutefois légèrement plus prévalente. Elle est présente chez 0.85 % de la population générale américaine au cours de leur vie, comparativement à 0.28 % de la population pour la boulimie (Udo et Grilo, 2018).

Ces deux troubles de l’alimentation présentent plusieurs aspects en commun. Par exemple, dans les deux maladies, le sujet présentera des compulsions alimentaires et une sensation de perte de contrôle. La grande différence entre ces deux pathologies est l’absence de comportements compensatoire inappropriés chez les personnes souffrant d’hyperphagie boulimique. Ces dernières ne recourent pas à des pratiques de vomissements, de jeûnes, d’exercices physiques excessifs ou de laxatifs dans le but de compenser les prises alimentaires lors des compulsions. Il en résulte que les personnes vivant avec l’hyperphagie auront habituellement un IMC plus élevé que les personnes souffrant de boulimie.

PERTES DE CONTRÔLE ALIMENTAIRES

Les pertes de contrôles alimentaires, ou compulsions alimentaires, en contexte d’hyperphagie boulimique peuvent survenir pour différentes raisons. Certaines rages alimentaires peuvent être déclenchées par des facteurs psychologiques et d’autres par des facteurs physiques. Il arrive fréquemment que les deux types de facteurs soient présents simultanément lors d’une compulsion.

RAGES ALIMENTAIRES « PSYCHOLOGIQUES »

Les compulsions alimentaires d’ordre psychologique sont influencées par certaines règles alimentaires que la personne s’impose, mais surtout par les émotions vécues. D’abord, lorsqu’une personne s’interdit cognitivement de consommer certains aliments qu’elle apprécie, cette règle accentue le désir pour cet aliment. Lorsque la tension entre le désir de consommer l’aliment et la règle l’interdisant devient trop grande, la personne en mange. Ce sera alors souvent en quantité supérieure à ce qui aurait été consommé si l’aliment n’était pas interdit. Cette situation s’avère puisque la personne ne sait pas quand sera la prochaine fois qu’elle se permettra de manger cet aliment, souhaitant habituellement ne plus jamais en manger. Par la suite, de fortes émotions négatives sont généralement présentes et reliées directement aux compulsions. La nourriture joue alors un rôle de réconfort, une distraction et un engourdissement des émotions inconfortables. Quand le moyen de gestion des émotions est principalement fondée sur la nourriture plutôt que sur l’identification et l’expression de celles-ci, cela suscite des rages alimentaires.

Pour réduire les rages alimentaires psychologiques, il importe donc d’apprendre à gérer les émotions adéquatement et à cesser de catégoriser les aliments entre « permis » et « interdits ».

RAGES ALIMENTAIRES « PHYSIQUES »

Les compulsions d’ordre physique sont causées par des déficits en énergie ou en nutriments. Lorsque notre organisme manque d’énergie pour ses activités quotidiennes, il peut en résulter une compulsion pour tenter de répondre à ce besoin chez les personnes aux prises avec l’hyperphagie. Lorsqu’un repas ou une collation est sauté, le corps peut avoir une baisse d’énergie, déclenchant une compulsion plus tard dans la journée. Chez les personnes ayant une hyperphagie, la sensation de faim est souvent altérée, laissant souvent place à un horaire de repas et de collation très variable. Toutefois, malgré la sensation de faim absente, le corps continue d’avoir besoin d’aliments régulièrement dans la journée pour bien fonctionner et l’omission d’une seule ou plusieurs prises alimentaires peut contribuer à déclencher une rage alimentaire. De même, un déficit en certains nutriments, par exemple, une très faible consommation de glucides en raison de règles alimentaires autoimposées limitant la consommation de produits céréaliers, peut accentuer une compulsion alimentaire pour les aliments sucrés. 

Afin d’atténuer la composante physiologique de la compulsion, une alimentation régulière comportant trois (3) repas et trois (3) collations par jour ainsi qu’une alimentation équilibrée comportant tous les groupes alimentaires est à privilégier.

SYMPTÔMES DE L’HYPERPHAGIE

Plusieurs signes et symptômes accompagnent l’hyperphagie boulimique. Ces symptômes affectent les sphères comportementales, émotionnelles et physiques de la personne. 

Plusieurs comportements alimentaires, mais également au niveau de la vie sociale, peuvent s’en voir modifiés. La personne présente des compulsions alimentaires fréquentes et perd le contrôle quant aux quantités d’aliments qu’elle ingère. Elle peut manger très rapidement, sans ressentir de faim physique et jusqu’à une sensation d’inconfort gastrique sans pour autant se sentir complètement rassasiée. La personne peut avoir tendance à s’isoler des autres pour manger, se cacher pour manger ou encore cacher de la nourriture en vue de la consommer plus tard.

Au niveau émotionnel, la personne présente habituellement une faible estime de soi et peut ressentir une gêne ou un dégoût envers elle-même par rapport à son alimentation. Un sentiment de tristesse peut aussi être plus présent. La personne utilise la nourriture pour apaiser et gérer ses émotions. 

Le principal symptôme physique de l’hyperphagie est son impact sur le poids. La personne aura habituellement un IMC supérieur à 30 kg/m² et des fluctuations importantes auront lieu lorsque qu’une tentative de perte de poids sera faite.

Les conséquences médicales résultant de l’hyperphagie boulimique sont une plus grande vulnérabilité à développer des maladies cardiovasculaires, une résistance à l’insuline, le diabète de type 2, une obésité et des troubles gastro-intestinaux. Ces personnes pourraient aussi avoir une diminution de la fertilité chez la femme, des perturbations du sommeil telles que de l’insomnie ou de l’apnée du sommeil et le développement de troubles anxieux et dépressifs. 

TRAITEMENT DE L’HYPERPHAGIE

Le traitement de première ligne de l’hyperphagie est une forme de psychothérapie. Un programme d’auto assistance guidée, tel que la thérapie en ligne, peut être un traitement à envisager, de même que la thérapie cognitive comportementale. Il est à noter que les personnes vivant avec l’hyperphagie boulimique ont parfois plus de difficulté à adhérer aux programmes d’auto assistance guidés que les personnes souffrant de boulimie (Beintner et coll., 2014). Dans les cas où l’adhésion à ce type de programme serait difficile, il serait alors préférable de recourir à la thérapie cognitive comportementale. 

La thérapie cognitive comportementale vise ainsi à mener la personne à apprendre à gérer ses émotions autrement qu’avec la nourriture. En apprenant à réguler ses émotions intenses de façon saine, les compulsions alimentaires arrivent à être réduites et évitées. 

Un soutien au niveau nutritionnel est également aidant dans le traitement de l’hyperphagie. Bien qu’une gestion inadéquate des émotions soit souvent à l’origine du déclenchement des crises de boulimie, une part physiologique peut exacerber l’occurrence des compulsions. Une normalisation des comportements alimentaires, par exemple, en s’assurant une stabilité dans l’horaire des repas et des collations, et un meilleur équilibre alimentaire sont entre autres aidants pour traiter la maladie. 

Certaines personnes peuvent bénéficier d’une pharmacologie pour les aider à diminuer les symptômes de l’hyperphagie. La prise des médicaments en soi n’offre pas un traitement de la maladie, mais aide potentiellement à réduire les crises boulimiques pendant le traitement en psychothérapie.

LES RÉGIMES ET L’HYPERPHAGIE BOULIMIQUE

L’une des conséquences et des symptômes associés à l’hyperphagie boulimique est une prise de poids. Il est donc fréquent que plusieurs tentent des régimes minceurs dans l’espoir de perdre le poids gagné. Toutefois, non seulement ces régimes n’offrent habituellement pas une perte de poids durable, mais elles font souvent obstacle à la guérison de l’hyperphagie.

En effet, les régimes minceurs fondés sur une restriction calorique ou sur l’interdiction de certains aliments exacerbent les compulsions alimentaires. Le déficit calorique relié aux restrictions augmente la composante physiologique déclenchant les compulsions. De plus, l’exclusion de certains aliments précis peut augmenter l’envie pour ces aliments et la personne risque d’avoir plus de difficulté à en consommer en quantité raisonnable la prochaine fois qu’elle s’en permettra.

Dès le début du traitement, il vaut mieux mettre de côté les régimes et diètes, et viser plutôt une normalisation des comportements alimentaires. Cela sera aidant durant la thérapie pour diminuer et arrêter les compulsions alimentaires qui sont habituellement la réelle source du gain de poids. 

QUE FAIRE SI TU SOUFFRES D’HYPERPHAGIE BOULIMIQUE ?

Si tu te reconnais dans la description de l’hyperphagie boulimique ou que tu crois en souffrir, la première étape est de sortir de l’isolement et de chercher de l’aide auprès de professionnels de la santé. Les professionnels t’aideront à mieux comprendre la dépendance et l’obsession que tu vis au quotidien pour les aliments. Ils te soutiendront dans ta démarche de soin pour réduire les restrictions alimentaires ou les interdits alimentaires qui contribuent à l’apparition des compulsions alimentaires. Leurs conseils et outils te permettront de renouer avec tes émotions, d’apprendre à les nommer et à les extérioriser afin qu’elles n’influencent plus tes prises alimentaires. Finalement, bien qu’avec le trouble alimentaire, il soit fort probable que tes signaux de faim et de satiété soient perturbés, et donc difficiles à ressentir et peu fiables, tu pourras, en thérapie, progressivement retrouver ces signaux et réapprendre à les écouter. 

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Pour trouver de l’aide spécialisée, des professionnels qui sauront te guider pas à pas dans ta démarche de soin et t’épauler avec des conseils adaptés à ta situation, prends rendez-vous avec nous. Il nous fera plaisir de t’écouter, de répondre à tes questions et t’accompagner pour retrouver une saine relation avec la nourriture, ton corps et reprendre contrôle sur ta vie.

RÉFÉRENCES

Beintner, I., Jacobi, C., & Schmidt, U. H. (2014). Participation and outcome in manualized self-help for bulimia nervosa and binge eating disorder – a systematic review and metaregression analysis. Clinical psychology review, 34(2), 158–176. https://doi.org/10.1016/j.cpr.2014.01.003

Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Fifth Edition Text Revision, DSM-5-TR, Feeding and eating disorders.

McCuen-Wurst, C., Ruggieri, M., & Allison, K. C. (2018). Disordered eating and obesity: associations between binge eating-disorder, night-eating syndrome, and weight-related co-morbidities. Annals of the New York Academy of Sciences, 1411(1), 96.

Udo, T., & Grilo, C. M. (2018). Prevalence and Correlates of DSM-5-Defined Eating Disorders in a Nationally Representative Sample of U.S. Adults. Biological psychiatry, 84(5), 345–354. https://doi.org/10.1016/j.biopsych.2018.03.014