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HYPERPHAGIE ET SEXUALITÉ  

L’hyperphagie, un trouble alimentaire caractérisé par des épisodes de consommation excessive de nourriture, peut avoir des répercussions significatives sur divers aspects de la vie quotidienne, notamment la sexualité. Les personnes vivant des crises d’hyperphagie sont parfois incomprises de leurs partenaires et peuvent voir la qualité de leur sexualité régresser. 

Dans cet article, nous allons explorer les divers impacts de l’hyperphagie sur la sexualité et vice-versa, entre autres : 

  • La communication avec le conjoint ou la conjointe
  • Les dysfonctions sexuelles
  • L’image corporelle 
  • La diversité sexuelle et de genre
  • L’historique de violence sexuelle

Communication avec le conjoint ou la conjointe

Lorsqu’on vit avec un trouble alimentaire, la présence d’un.e partenaire peut être une alliée à la guérison, tout comme cela peut engendrer des embûches supplémentaires à ce processus. Le ou la partenaire peut aussi trouver difficile de voir l’être aimé souffrir, et ainsi, tenter de réduire les difficultés engendrées par l’hyperphagie. Bien que le ou la partenaire soit d’une bonne volonté, elle ou il peut renforcer les comportements ou des croyances associées au trouble alimentaire ainsi que la honte et l’autocritique chez la personne vivant avec l’hyperphagie (Sadeh-Sharvit et coll., 2020). 

La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) serait efficace dans l’accompagnement des couples faisant face à l’hyperphagie chez un des deux partenaires. En améliorant la communication, la gestion des conflits et la gestion des émotions, les couples apprennent à répondre efficacement aux comportements hyperphagiques. Le soutien et la confiance au sein de la relation sont aussi des éléments importants pour favoriser la guérison des personnes atteintes d’hyperphagie (Sadeh-Sharvit et coll., 2020 ; Weder et coll., 2019 ; Tosyali et Harma, 2021). Plusieurs études soulignent un plus haut taux d’arrêt des crises hyperphagiques chez les patients qui ont reçu un traitement incluant leur partenaire, comparativement à ceux qui ont fait le traitement sans l’implication du partenaire (Sadeh-Sharvit et coll., 2020). 

Finalement, les résultats suggèrent aussi que les encouragements des partenaires privilégient le maintien des patients dans la thérapie. Bref, l’inclusion d’un conjoint ou d’une conjointe dans le traitement de l’hyperphagie est un facteur favorisant la guérison. 

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Dysfonctions sexuelles

Les personnes vivant des crises d’hyperphagie ont aussi souvent une baisse du désir sexuel, de l’excitation pendant les relations sexuelles, de la lubrification et une difficulté d’avoir un orgasme. Les causes de ces difficultés peuvent être multiples, cependant, il a été relevé que cela peut aussi être une conséquence d’une consommation alimentaire incontrôlée et d’un syndrome métabolique (Castellini et coll., 2019 ; Dunkley et coll., 2020). 

Trois études rapportées par Castellini et coll. (2019), portant sur les personnes atteintes d’hyperphagie et en situation d’obésité indiquent qu’une amélioration significative de la dysfonction sexuelle a été rapportée suite à une chirurgie bariatrique grâce à la réduction des symptômes du syndrome métabolique et par une amélioration de l’image corporelle. De plus, la fonction sexuelle serait affectée par l’impulsivité, des préoccupations de l’image corporelle et la gestion des émotions par l’alimentation (Castellini et coll., 2019 ; Dunkley et coll., 2020). Particulièrement chez les femmes ayant des crises hyperphagiques, elles vivent plus de vaginisme et d’évitement sexuel que les femmes sans troubles alimentaires (Dunkley et coll., 2020). 

Finalement, une gestion des émotions par l’alimentation est souvent associée à une plus grande présence de dysfonctions sexuelles que chez les personnes qui ont des moyens de gestion des émotions plus adaptés (Castellini et coll., 2017). 

Image corporelle

L’image corporelle est un aspect important de la sexualité. Dans le cadre de l’hyperphagie, le corps peut être amené à changer, ce qui peut être confrontant, surtout dans un contexte d’intimité. D’ailleurs, une image corporelle plus négative et les comportements d’hyperphagie mènerait à une plus grande détresse sexuelle chez les femmes. L’image corporelle négative peut même amener une dissociation pendant les rapports sexuels avec un.e partenaire, c’est-à-dire que la personne vivrait un mécanisme de défense qui l’empêcherait de ressentir et de vivre des émotions négatives, ce qui affecterait aussi la perception du plaisir (Castellini et coll., 2017). 

Telle que soulignée plus haut, l’amélioration de l’image corporelle aiderait au bon fonctionnement sexuel et à réduire la détresse sexuelle. Bref, l’image corporelle déficiente peut favoriser l’apparition de pensées nuisibles au plaisir sexuel, par exemple, d’être trop conscient de son corps, de ne plus être à l’affût des sensations agréables pour penser seulement aux parties du corps qui nous dérangent. 

Diversité sexuelle et de genre

L’identification comme minorité sexuelle peut augmenter le risque de troubles alimentaires. Plus spécifiquement, ces derniers présentent le double du risque de développer de l’hyperphagie comparés aux jeunes ne s’identifiant pas comme une minorité sexuelle (Nagata et coll., 2024). De plus, ces jeunes développant de l’hyperphagie sont aussi plus à risque d’avoir une image corporelle négative. Une étude révèle que près de 10 % des adolescents de la minorité sexuelle et de genre vivaient des crises d’hyperphagie, ce qui serait le trouble alimentaire le plus présent chez cette population. On remarque aussi que près de 15 % des adolescents trans masculins auraient de l’hyperphagie (Nagata et coll., 2024). 

L’impression de sécurité dans le milieu scolaire est un facteur majeur dans l’apparition ou non de comportements alimentaires problématiques, tels que l’hyperphagie. En effet, plus un jeune de la minorité sexuelle et de genre se sent soutenu et en sécurité dans son milieu scolaire, moins il aura tendance à développer ces comportements (Nagata et coll., 2024). 

Le stress vécu en étant une minorité sexuelle et de genre est associé à l’hyperphagie chez les femmes lesbiennes et bisexuelles, et à l’image corporelle négative chez les hommes gays (Parker et Harriger, 2020). La discrimination vécue par cette communauté pourrait mener à de l’anxiété sociale, une honte de son corps et éventuellement à de l’hyperphagie (Parker et Harriger, 2020). 

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Historique de violence sexuelle

L’étude de Caslini et coll. (2016) mentionne que d’avoir vécu une agression sexuelle à l’enfance est un facteur de risque au développement d’un trouble alimentaire, dont l’hyperphagie. Ils expliquent qu’un historique de trauma sexuel peut accroître, entre autres, l’insatisfaction corporelle et les symptômes de troubles alimentaires. 

De plus, l’étude spécifie que le développement de l’hyperphagie suite à l’agression sexuelle à l’enfance serait d’une part une réaction en réponse à l’abus et d’une autre part une stratégie de gestion des émotions négatives fortes (Caslini et coll., 2016). 

Conclusion

En conclusion, la relation entre la sexualité et l’hyperphagie est complexe et influencée par plusieurs facteurs. D’un côté, le soutien du partenaire peut jouer un rôle clé dans le processus de guérison du trouble alimentaire. D’un autre côté, l’hyperphagie peut également perturber la vie sexuelle et amoureuse, notamment à travers une image corporelle négative qui peut affecter le désir et le plaisir sexuel. 

Ainsi, dans le cadre du traitement de l’hyperphagie, il est crucial de tenir compte de son impact sur la sexualité, l’image de soi et les relations amoureuses. De plus, des facteurs tels que des antécédents d’abus sexuels durant l’enfance ou s’identifier comme une minorité sexuelle et de genre doivent également être pris en considération lors du traitement de l’hyperphagie. 

En somme, un accompagnement spécialisé dans le traitement des troubles alimentaires qui considère la sexualité et son implication dans l’hyperphagie pourra aider la personne à cheminer vers sa guérison. 

Références

Caslini, M., Bartoli, F., Crocamo, C., Dakanalis, A., Clerici, M., & Carrà, G. (2016). Disentangling the Association Between Child Abuse and Eating Disorders: A Systematic Review and Meta-Analysis. Psychosomatic medicine, 78(1), 79–90. https://doi.org/10.1097/PSY.0000000000000233

Castellini, G., Cassioli, E., Lelli, L., et Ricca, V. (2019). Relationships between eating disorder psychopathology, sexual hormones and sexual behaviours. Molecular and Cellular Endocrinology, 497, 110429. https://doi.org/10.1016/j.mce.2019.04.009

Castellini, G., Lo Sauro, C., Ricca, V., et Rellini, A. H. (2017). Body esteem as a common factor of a tendency toward binge eating and sexual dissatisfaction among women: The role of dissociation and stress response during sex. The Journal of Sexual Medicine, 14(8), 1036–1045. https://doi.org/10.1016/j.jsxm.2017.06.001

Dunkley, C. R., Svatko, Y., et Brotto, L. (2020). Eating disorders and sexual function reviewed: A trans-diagnostic, dimensional perspective. Current Sexual Health Reports, 18(1), Article 10.1007/s11930-020-00236-w. https://doi.org/10.1007/s11930-020-00236-w

Nagata, J. M., Stuart, E., Hur, J. O., Panchal, S., Low, P., Chaphekar, A. V., Ganson, K. T., et Lavender, J. M. (2024). Eating disorders in sexual and gender minority adolescents. Current Psychiatry Reports, 26(7), 340–350. https://doi.org/10.1007/s11920-024-01508-1

Parker, L. L., et Harriger, J. A. (2020). Eating disorders and disordered eating behaviors in the LGBT population: A review of the literature. Journal of Eating Disorders, 8, 51. https://doi.org/10.1186/s40337-020-00327-y

Sadeh-Sharvit, S., Sacks, M. R., Runfola, C. D., Bulik, C. M., et Lock, J. D. (2020). Interventions to empower adults with eating disorders and their partners around the transition to parenthood. Family Process, 59(4), 1407–1422. https://doi.org/10.1111/famp.12510

Tosyali, A. F., et Harma, M. (2021). The role of co-regulation of stress in the relationship between perceived partner responsiveness and binge eating: A dyadic analysis. International Journal of Psychology: Journal International de Psychologie, 56(3), 435–443. https://doi.org/10.1002/ijop.12712

Weber, D. M., Fischer, M. S., Baucom, D. H., Baucom, B. R. W., Kirby, J. S., Runfola, C. D., Matherne, C. E., et Bulik, C. M. (2019). The association between symptom accommodation and emotional co-regulation in couples with binge eating disorder. Family Process, 58(4), 920–935. https://doi.org/10.1111/famp.12391

Auteurs/autrices

  • Nathalie St-Amour Ph.D.

    Nathalie St-Amour, fondatrice et directrice de la Clinique St-Amour, est une experte multidisciplinaire en psychologie, sciences infirmières et kinésiologie, avec plus de 30 ans d’expérience dans le traitement des troubles de l’alimentation. Détentrice d’un doctorat en psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières, elle a consacré sa carrière à aider ses patients à retrouver un équilibre avec leur image corporelle et leur relation à la nourriture, y compris ceux ayant besoin d’accompagnement avant et après une chirurgie bariatrique. Passionnée par la prévention et l’innovation, Mme St-Amour dirige une équipe dédiée et s’implique activement dans la recherche et la création de méthodes de soutien adaptées pour améliorer le traitement des personnes qui souffrent de troubles alimentaires.

    Docteure en psychologie

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