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La phagophobie, ou peur de s’étouffer

Certaines personnes hésitent à consulter par crainte d’être jugées ou par peur que leurs difficultés alimentaires ne correspondent pas aux troubles typiques comme l’anorexie, la boulimie ou l’hyperphagie. Ces troubles sont associés à des critères diagnostiques spécifiques, mais il est crucial de reconnaître que la détresse liée à un trouble touchant l’alimentation sans diagnostique précis peut être tout aussi invalidante. La phagophobie, caractérisée par une peur irrationnelle de s’étouffer en mangeant, en est un exemple frappant. Ce trouble, bien que moins connu, entraîne des répercussions psychologiques et physiques significatives et mérite une prise en charge spécialisée.

Phagophobie : Une peur ancrée dans le traumatisme et l’anxiété alimentaire

La phagophobie, définie comme une phobie de la déglutition, se développe fréquemment après un épisode d’étouffement ou en ayant observé quelqu’un s’étouffer, ce qui peut susciter une réponse de peur intense. Des études indiquent que cette réaction de phobie peut être exacerbée par un phénomène appelé « conditionnement vicariant », où le simple fait de voir un événement traumatisant provoque une réaction phobique chez l’individu observateur​. De plus, la phagophobie peut aussi s’apparenter à l’anxiété généralisée, où l’acte de manger devient associé à une anticipation anxieuse de s’étouffer, transformant chaque repas en une source de stress intense.

La peur de s’étouffer en mangeant est une problématique qu’il est possible de traiter. La phagophobie entraîne une problématique alimentaire sérieuse, qui perdure pendant des mois, voire durant des années. Pour une raison qui leur est connue (un épisode de fausse route, la vue d’une personne s’étant étouffée près d’eux ou à la suite du visionnement d’une vidéo) ou inconnue (apparition progressive), certaines personnes craignent de s’étouffer en mangeant.

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Évitement alimentaire et cercle vicieux de la phagophobie

En réponse à cette peur, les personnes atteintes de phagophobie tendent à réduire leurs choix alimentaires pour éviter les aliments perçus comme « à risque ». Cela inclut souvent des aliments solides, préférant des textures molles ou liquides qui leur semblent plus sûres. Cependant, cet évitement crée un cercle vicieux : chaque fois qu’un aliment est évité, la phobie et l’anxiété associées augmentent, réduisant davantage l’éventail alimentaire. Ce mécanisme d’évitement alimentaire a été bien documenté dans la recherche, qui montre que plus une personne évite la source de sa peur, plus celle-ci devient renforcée et difficile à surmonter.

Ces personnes ressentent une grande anticipation empreinte d’anxiété au fait de manger. Elles viennent alors à diminuer progressivement leurs choix alimentaires, leurs apports alimentaires et à grandement limiter la diversité des repas. Les aliments qui étaient antérieurement consommés avec aisance, ne le sont plus. Elles croient ainsi qu’en réduisant le nombre d’aliments auxquels elles sont exposées, en les évitant, cela permettra de diminuer les risques de s’étouffer. Toutefois, cela a plutôt l’effet contraire.

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Conséquences physiques, sociales et psychologiques de la phagophobie

La restriction alimentaire sévère due à la phagophobie peut avoir des répercussions physiques graves, y compris la malnutrition, des carences en vitamines et minéraux, et une perte de poids importante.

Sur le plan social, la peur intense de s’étouffer peut amener la personne à éviter les repas en groupe, entraînant souvent un isolement social et un sentiment de honte ou d’incompréhension. La recherche en psychologie alimentaire a révélé que les troubles phobiques comme la phagophobie sont souvent accompagnés de symptômes dépressifs et d’une réduction significative de la qualité de vie, renforçant l’importance d’une prise en charge rapide et adaptée​.

La restriction créée augmente les obsessions et les peurs

En réduisant les apports alimentaires, cela crée un débalancement alimentaire par des restrictions, engendrant des obsessions, et ainsi une hausse perpétuelle de peurs face aux aliments. Les obsessions peuvent aussi engendrer une suranalyse des effets physiologiques du parcours de l’aliment en bouche. Certaines personnes vont modifier la façon dont ils mangent l’aliment. Le temps de déglutition est alors augmenté et chaque bouchée devient très longue, voire très ritualisée.

Éliminer les causes physiques

Cette difficulté alimentaire n’est pas liée à un désir de contrôler l’alimentation, ni reliée à des préoccupations corporelles, ni à une cause physique de problème de déglutition. La personne cherche à se protéger d’un potentiel risque d’étouffement. La déglutition devrait être un acte simple, naturel, spontané. Si ce n’est pas le cas, obtenir de l’aide professionnelle est nécessaire. Après avoir éliminé les causes physiologiques sous-jacentes, il est possible d’initier un suivi en nutrition et en psychologie conjointement au sein de la Clinique.

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Traitements : solutions thérapeutiques intégrées pour la phagophobie

Pour traiter la phagophobie, une approche multidisciplinaire intégrant à la fois des techniques de thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et un soutien nutritionnel est recommandée. La TCC, particulièrement efficace dans le traitement des phobies spécifiques, aide à déconstruire les associations anxiogènes autour de la nourriture et de la déglutition.

Les techniques d’exposition graduelle, où la personne est progressivement réexposée à des aliments de textures différentes dans un environnement sûr, sont particulièrement utiles pour réapprendre à manger sans peur excessive. Par ailleurs, des techniques de relaxation et de pleine conscience, telles que la respiration profonde, sont fréquemment employées pour réduire l’anxiété anticipatoire et mieux gérer le moment des repas​.

Encouragement et soutien pour surmonter la phagophobie : un pas vers la guérison

Nous encourageons toute personne souffrant de phagophobie à chercher de l’aide sans crainte de jugement. Chaque trouble alimentaire est unique, et notre équipe est formée pour écouter, comprendre et apporter un soutien adapté à chaque situation.

Par des étapes progressives et une approche bienveillante, il est possible de reconstruire une relation plus sereine avec l’alimentation et de retrouver confiance dans l’acte de manger.

Gardez en tête que pour nous, votre trouble alimentaire n’est pas étrange, ni particulier. Il nous est familier, car c’est ce que nous traitons au quotidien. En parler permet de se sentir compris.

Références scientifiques

  1. Amar, S., et al. (2020). « Phobias Related to Food and Eating in Clinical Populations. » Journal of Anxiety Disorders, 76, 102318. doi:10.1016/j.janxdis.2020.102318.
  2. Wardle, J., & Carnell, S. (2007). « Phobias of Eating: Psychological Factors in Food Avoidance. » Behavioral Nutrition and Health, 5(4), 225-231. doi:10.1007/s12160-007-9018-5.
  3. Harvey, A. G., & Stein, M. B. (2009). « Cognitive-Behavioral Therapy for Specific Phobias: Eating-Related Anxiety Disorders. » Clinical Psychology Review, 29(1), 50-62. doi:10.1016/j.cpr.2008.09.006.
  4. Edmonds, J., et al. (2019). « Phagophobia and Avoidant/Restrictive Food Intake Disorder (ARFID): Overlapping Clinical Profiles. » Eating Behaviors, 35, 101333. doi:10.1016/j.eatbeh.2019.101333.

Auteurs/autrices

  • Marie-Michelle Royer

    Marie-Michelle Royer est diététiste-nutritionniste à la Clinique St-Amour, où elle cumule plus d'une décennie d'expérience dans le traitement des troubles alimentaires tels que l'hyperphagie, la boulimie et l'anorexie. Membre de l'Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec et diplômée de l'Université Laval, elle a développé une expertise approfondie dans les comportements alimentaires et la régulation de la faim et de la satiété. Passionnée par son domaine, Marie-Michelle utilise ses connaissances et son expérience pour aider ses patients à améliorer leur relation avec la nourriture, en développant avec chacun des approches personnalisées et bienveillantes dans un climat de confiance et de respect.

    Nutritionniste
  • Nathalie St-Amour Ph.D.

    Nathalie St-Amour, fondatrice et directrice de la Clinique St-Amour, est une experte multidisciplinaire en psychologie, sciences infirmières et kinésiologie, avec plus de 30 ans d’expérience dans le traitement des troubles de l’alimentation. Détentrice d’un doctorat en psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières, elle a consacré sa carrière à aider ses patients à retrouver un équilibre avec leur image corporelle et leur relation à la nourriture, y compris ceux ayant besoin d’accompagnement avant et après une chirurgie bariatrique. Passionnée par la prévention et l’innovation, Mme St-Amour dirige une équipe dédiée et s’implique activement dans la recherche et la création de méthodes de soutien adaptées pour améliorer le traitement des personnes qui souffrent de troubles alimentaires.

    Docteure en psychologie
  • Christian Desjardins

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