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Redéfinir sa sexualité après un trouble alimentaire : un chemin vers la réappropriation de soi

Lorsqu’on traverse un trouble alimentaire, celui-ci peut s’infiltrer dans toutes les sphères de notre vie, y compris la sexualité. Dans le processus de guérison, il devient donc essentiel de réapprendre à se connaître, y compris dans sa sexualité, souvent mise de côté pendant la période du trouble.

La vision de la sexualité est propre à chaque personne, teintée par les expériences de vie et la culture. Afin d’adopter une sexualité qui nous correspond davantage, on réalise d’abord une introspection sur notre historique sexuel et relationnel. Les prochaines lignes vous accompagneront dans cette réflexion sur votre sexualité présentement, affectée par le trouble alimentaire, ainsi que sur la sexualité que vous désirez. 

Une sexualité marquée par le trouble alimentaire

La relation à la sexualité est unique pour chaque individu et peut évoluer au fil du temps. Cependant, lorsque le trouble alimentaire prend de l’ampleur, il peut entraîner des conséquences importantes sur l’épanouissement sexuel. Baisse de désir, anxiété relationnelle, évitement sexuel, douleurs à la pénétration, anorgasmie… Autant de manifestations possibles qui révèlent un détachement entre le corps et l’esprit. Cela peut être un réel défi de se sentir désirable lorsque notre corps est une source de mal-être ou de contrôle en permanence. Le trouble alimentaire peut devenir tellement prenant que la sexualité en est oubliée ou évitée. 

En effet, la sexualité peut être affectée par plusieurs facteurs chez les personnes souffrant d’hyperphagie, notamment par l’impulsivité, une préoccupation excessive pour l’image corporelle et une tendance à gérer les émotions par la nourriture (Castellini et coll., 2019 ; Dunkley et coll., 2020). Ces éléments peuvent nuire à l’épanouissement sexuel, en particulier chez les femmes. Celles qui vivent des épisodes d’hyperphagie ont tendance à éprouver davantage de vaginisme et à adopter des comportements d’évitement sexuel, comparativement aux femmes ne présentant pas de troubles alimentaires  (Dunkley et coll., 2020). Par ailleurs, l’usage de l’alimentation comme moyen de régulation émotionnelle est souvent associé à une fréquence plus élevée de dysfonctions sexuelles, en comparaison avec les personnes utilisant des stratégies de gestion émotionnelle plus saines et adaptées (Castellini et coll., 2017).

Chez les personnes souffrant d’anorexie mentale, une perception négative du corps est fréquemment à l’origine de sentiments intenses de honte et de peur, pouvant entraver leur capacité à s’engager dans une vie sexuelle. Ces personnes redoutent souvent le rejet de leur partenaire et manifestent un profond malaise à l’égard de leur corps (Gonidakis et coll., 2016). Ce mal-être peut se traduire par l’évitement de situations où le corps est exposé, comme demander que les lumières soient éteintes, garder ses vêtements durant les rapports ou encore repousser l’intimité sexuelle (Gonidakis et coll., 2016).

La restriction alimentaire et les carences nutritionnelles entraînent une diminution du désir sexuel  (Castellini et coll., 2016). En effet, une alimentation insuffisante provoque une baisse des hormones sexuelles, ce qui peut nuire à la lubrification vaginale et rendre les pénétrations douloureuses (Price et coll., 2020). Ces douleurs peuvent engendrer de l’appréhension et de l’anxiété à l’idée d’avoir des rapports sexuels (Pinheiro et coll., 2010). 

Le stress, fréquemment présent dans ce trouble, nuit également à la fonction sexuelle, rendant l’atteinte de l’orgasme difficile, voire impossible pour certaines (Castellini et coll., 2016). Par ailleurs, l’orgasme nécessite un certain lâcher-prise, une capacité souvent incompatible avec le besoin de contrôle marqué chez plusieurs personnes souffrant d’anorexie.

La connaissance de soi comme pilier de la guérison

Dans la guérison d’un trouble alimentaire, la connaissance de soi est une étape incontournable pour se découvrir sans le trouble. Éventuellement, lorsque les préoccupations diminuent, elles laissent place à la redécouverte de sa sexualité. 

Se poser des questions telles que : « Qu’est-ce que la sexualité pour moi ? Qu’est-ce que j’apprécie ou non dans mes expériences intimes ? » permet d’explorer une sexualité qui nous ressemble. Il ne s’agit pas seulement de redécouvrir le plaisir, mais également de reconnaître ses limites, ses désirs, et d’apprendre à communiquer ses besoins.

L’image corporelle négative, un symptôme très commun des troubles du comportement alimentaire, peut teinter notre perception de la sexualité. On peut alors se demander : « Si j’acceptais mon apparence telle qu’elle est, comment est-ce que j’imaginerais ma sexualité ? »

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Une approche globale de la sexualité

Afin de réaliser une introspection complète pour s’épanouir dans notre sexualité suite à un trouble alimentaire, on doit connaître les diverses dimensions à analyser. En effet, la sexualité ne se réduit pas à l’acte sexuel : elle est multidimensionnelle (MSSQ, 2024).

  • Biologique : Ai-je des douleurs à la pénétration, des difficultés à atteindre l’orgasme ou des enjeux d’excitation sexuelle ?
  • Psychoaffective : Comment je me sens dans mon corps aujourd’hui ? Est-ce que j’arrive à exprimer mes émotions et mes désirs ?
  • Socioculturelle : Quelle place les standards de beauté ont-ils pris dans ma vie ? Mes croyances m’ont-elles limité.e ?
  • Relationnelle : Suis-je capable de dire ce que j’aime ou non dans mes relations ? Est-ce que je me sens en sécurité dans celles-ci ?
  • Morale : Quelles valeurs m’ont été transmises au sujet de la sexualité ? Sont-elles encore pertinentes pour moi aujourd’hui ? Quelle a été mon éducation à la sexualité ?

Ces différentes dimensions aident à dresser un portrait plus complet et nuancé de notre rapport à la sexualité. Il est primordial d’avoir ce portrait pour bien avancer et développer une intimité qui nous convient. 

Un exercice de réflexion : avant, maintenant, après

En reprenant contact avec soi, on réfléchit maintenant à l’évolution de notre sexualité à travers le temps : avant le trouble, durant le trouble, et maintenant, pendant votre cheminement vers la guérison. En inscrivant ces périodes et les caractéristiques s’y rattachant, nous pouvons visualiser une sexualité plus alignée avec notre identité actuelle. 

Par exemple :

Avant : Gêne, inconfort, routine.
Pendant le trouble : Évitement, stress, conflits.
Après : Plaisir, communication, bienveillance, exploration.

Des pistes pour se reconnecter à soi

Explorer sa sexualité peut aussi passer par les cinq sens : toucher, odeurs, sons, luminosité, goût. Posez-vous quelques questions 

  • Y a-t-il des éléments que vous voudriez essayer, explorer ou intégrer à vos pratiques ?
  • Y a-t-il des positions inconfortables ? 
  • Et surtout, vous sentez-vous libre d’en parler avec votre ou vos partenaires ?

Se réapproprier sa sexualité, c’est se réapproprier son corps

Ce travail demande du temps, de la douceur, et souvent de l’accompagnement. Mais, il peut devenir une source de fierté : celle d’avoir repris contact avec un aspect fondamental de soi. Une sexualité épanouie n’est pas un objectif figé, mais un processus vivant, guidé par le respect de soi et l’écoute de ses besoins.

« Lorsque je pense à ma sexualité, je me sens généralement… »
« Mon trouble alimentaire a affecté ma sexualité en… »
« Ce qui me permet de me sentir bien dans ma peau aujourd’hui, c’est… »

Ces phrases sont autant de points d’ancrage pour amorcer une réflexion personnelle et, surtout, se donner la permission d’évoluer. Investir son énergie dans sa sexualité, c’est se permettre d’avoir du plaisir et de vivre une intimité bienveillante après plusieurs années à négliger cette sphère dû au trouble alimentaire. 

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Accepter les changements et bâtir son intimité à son image

Redéfinir sa sexualité après un trouble alimentaire, c’est accepter que celle-ci ait été chamboulée, mais aussi croire en sa capacité à la reconstruire à son image. C’est un chemin de réconciliation avec soi-même, son corps et ses désirs. Un chemin qui mérite d’être emprunté avec bienveillance, curiosité et patience.

Cette sphère de notre vie plus intime mérite d’être abordée avec les professionnels qui vous accompagnent dans votre rétablissement. Des suivis spécialisés sont aussi possibles pour des enjeux plus spécifiques aux défis vécus en lien avec les relations amoureuses, l’intimité et les relations sexuelles. 

Références

Dunkley, C. R., Svatko, Y., et Brotto, L. (2020). Eating disorders and sexual function reviewed: A trans-diagnostic, dimensional perspective. Current Sexual Health Reports, 18(1), Article 10.1007/s11930-020-00236-w. https://doi.org/10.1007/s11930-020-00236-w 

Castellini, G., Cassioli, E., Lelli, L., et Ricca, V. (2019). Relationships between eating disorder psychopathology, sexual hormones and sexual behaviours. Molecular and Cellular Endocrinology, 497, 110429. https://doi.org/10.1016/j.mce.2019.04.009 

Castellini, G., Lo Sauro, C., Ricca, V., et Rellini, A. H. (2017). Body esteem as a common factor of a tendency toward binge eating and sexual dissatisfaction among women: The role of dissociation and stress response during sex. The Journal of Sexual Medicine, 14(8), 1036–1045. https://doi.org/10.1016/j.jsxm.2017.06.001 

Gonidakis, F., Kravvariti, V., Fabello, M., & Varsou, E. (2016). Anorexia nervosa and sexual function. Current Sexual Health Reports, 8, 19–26. https://doi.org/10.1007/s11930-016-0064-3 

Castellini, G., Lelli, L., Ricca, V., & Maggi, M. (2016). Sexuality in eating disorders patients: Etiological factors, sexual dysfunction, and identity issues. A systematic review. Hormone Molecular Biology and Clinical Investigation, 25(2), 71–90. https://doi.org/10.1515/hmbci-2015-0055

Pinheiro, A. P., Raney, T. J., Thornton, L. M., Fichter, M. M., Berrettini, W. H., Goldman, D., Halmi, K. A., Kaplan, A. S., Strober, M., Treasure, J., Woodside, D. B., Kaye, W. H., & Bulik, C. M. (2010). Sexual functioning in women with eating disorders. The International Journal of Eating Disorders, 43(2), 123–129. https://doi.org/10.1002/eat.20671

Price, T., Zebitz, M., Giraldi, A., Lokind, T. S., Treasure, J., & Sjögren, J. M. (2020). Sexual function and dysfunction among women with anorexia nervosa: A systematic scoping review. The International Journal of Eating Disorders, 53(9), 1377–1399. https://doi.org/10.1002/eat.23299

Gonidakis, F., Kravvariti, V., & Varsou, E. (2014). Sexual function of women suffering from anorexia nervosa and bulimia nervosa. Journal of Sex & Marital Therapy, 41(4), 368–378. https://doi.org/10.1080/0092623X.2014.915904

Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. (2024). Globalité de la sexualité. SEXOclic – Professionnels de la santé. https://www.msss.gouv.qc.ca/professionnels/jeunesse/sexoclic/globalite-sexualite/

Auteurs/autrices

  • Nathalie St-Amour Ph.D.

    Nathalie St-Amour, fondatrice et directrice de la Clinique St-Amour, est une experte multidisciplinaire en psychologie, sciences infirmières et kinésiologie, avec plus de 30 ans d’expérience dans le traitement des troubles de l’alimentation. Détentrice d’un doctorat en psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières, elle a consacré sa carrière à aider ses patients à retrouver un équilibre avec leur image corporelle et leur relation à la nourriture, y compris ceux ayant besoin d’accompagnement avant et après une chirurgie bariatrique. Passionnée par la prévention et l’innovation, Mme St-Amour dirige une équipe dédiée et s’implique activement dans la recherche et la création de méthodes de soutien adaptées pour améliorer le traitement des personnes qui souffrent de troubles alimentaires.

    Docteure en psychologie

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