Troubles alimentaires et changement de saison : choisir la douceur plutôt que la pression ce printemps
Le printemps est enfin là, apportant avec lui le renouveau, l’allongement des journées et une explosion de vie. Cependant, pour de nombreuses personnes, cette saison synonyme de légèreté peut aussi réveiller des angoisses et intensifier les pressions, particulièrement celles liées à l’image corporelle et à l’alimentation. Les injonctions sociales vers le « corps d’été », les discours sur les « nettoyages alimentaires » et les « remises en forme express » peuvent sembler anodins, mais pour ceux qui luttent contre un trouble alimentaire, ces messages sont loin d’être innocents. Ils peuvent raviver des schémas difficiles et créer un climat de stress important.
Ce printemps, il est temps de réinventer notre rapport à cette saison. Il ne s’agit pas d’une invitation à une transformation forcée dictée par les normes extérieures, mais d’une opportunité de cultiver la douceur, la bienveillance et l’auto-compassion. Vous méritez un printemps qui vous appartient véritablement — un moment où vous pouvez vous autoriser à fleurir à votre propre rythme, en accord avec vos besoins profonds.
Pourquoi le printemps est une période sensible pour les personnes vivant avec un trouble alimentaire

Le passage de l’hiver au printemps marque une transition notable qui, au-delà des changements météorologiques, a un impact significatif sur notre bien-être psychologique et social. Pour les individus qui gèrent des troubles alimentaires (TA), cette période peut se révéler particulièrement difficile. L’une des raisons principales réside dans l’intensification de la pression sociale : tandis que l’hiver, avec ses vêtements plus couvrants, offre souvent une forme de dissimulation réconfortante, le printemps exige des tenues plus légères, exposant davantage le corps et exacerbant les comparaisons sociales. Les magazines, les réseaux sociaux et même les conversations du quotidien créent un environnement où la focalisation sur l’apparence est omniprésente.
Pour les personnes aux prises avec des troubles du comportement alimentaire (TCA) — que ce soit l’anorexie, la boulimie, l’hyperphagie ou une relation compliquée avec la nourriture, cette période peut raviver des pensées intrusives, intensifier les comportements compensatoires ou renforcer un sentiment d’insuffisance. Ce qui était peut-être plus stable pendant les mois d’hiver peut devenir plus précaire avec l’arrivée des beaux jours.
De plus, les changements physiologiques liés à la saison, notamment la variation de luminosité, peuvent influencer l’humeur et les rythmes biologiques, ajoutant une couche de complexité à la gestion des TCA. Les troubles alimentaires ne se limitent pas à une question de volonté ; ils sont profondément influencés par des facteurs environnementaux et internes, et le printemps est un moment clé où ces facteurs peuvent s’entremêler de manière problématique.
Ce que vous ressentez face à ces pressions n’est pas une faiblesse. C’est une réaction tout à fait compréhensible dans un environnement qui valorise encore trop souvent l’apparence au détriment du bien-être réel.
Le trouble affectif saisonnier et les troubles alimentaires : un lien à ne pas négliger
Le trouble affectif saisonnier (TAS) est une forme de dépression qui suit un schéma saisonnier distinct. Bien que le plus souvent associé aux mois d’hiver, les transitions saisonnières, dont l’arrivée du printemps, peuvent également affecter certaines personnes. Ce trouble est lié à des variations d’exposition à la lumière naturelle, qui peuvent perturber l’horloge biologique du corps et entraîner une diminution des niveaux de sérotonine, neurotransmetteur essentiel à la régulation de l’humeur.
Les symptômes typiques du TAS :humeur dépressive, fatigue, baisse d’énergie, difficultés de concentration et fringales, peuvent aggraver les difficultés rencontrées par les personnes vivant avec un trouble du comportement alimentaire. Ces changements physiologiques, couplés à la pression sociale ambiante, rendent le printemps une période particulièrement délicate à naviguer pour les personnes atteintes de TCA. Si vous remarquez que vos symptômes s’intensifient à chaque changement de saison, il peut être pertinent d’en parler à un professionnel de la santé.
Reconnaître les déclencheurs saisonniers liés aux troubles alimentaires
Pour mieux traverser cette période, il peut être utile de nommer ce qui rend le printemps particulièrement difficile lorsqu’on vit avec un trouble alimentaire. Voici quelques déclencheurs fréquents :
• Les réseaux sociaux : les images soigneusement sélectionnées et souvent retouchées, les publications sur les « corps d’été » ou les défis alimentaires peuvent alimenter la comparaison et aggraver une image corporelle déjà fragilisée.
• Les commentaires de l’entourage : même bien intentionnés, les remarques sur le poids, l’alimentation ou l’apparence physique peuvent être particulièrement blessantes pour une personne en processus de rétablissement.
• Le regard social : l’idée de découvrir davantage son corps avec les vêtements plus légers peut générer une anxiété importante, particulièrement pour les personnes aux prises avec une image corporelle négative.
• Les sorties et repas en groupe : les activités extérieures et les rassemblements autour de la nourriture peuvent devenir des sources de stress intenses plutôt que de plaisir partagé.
Reconnaître ces déclencheurs sans se juger est déjà une forme de bienveillance envers soi-même, et une étape importante dans le rétablissement d’un trouble alimentaire.
Se choisir, saison après saison : des pistes concrètes
Se choisir ce printemps ne requiert pas de grands gestes spectaculaires, mais plutôt l’adoption de petites actions conscientes et bienveillantes, adaptées aux réalités des personnes vivant avec un trouble alimentaire.
Prendre conscience de ce que l’on consomme en ligne. Faire le tri dans son fil d’actualité n’est pas un signe de faiblesse, c’est un acte essentiel de protection. Masquer, mettre en sourdine ou se désabonner de comptes qui alimentent des pensées négatives sur votre corps est une décision saine et légitime. Il s’agit de créer un environnement numérique plus soutenant.
Nommer les pensées sans les laisser prendre le contrôle. Lorsque des pensées liées au trouble alimentaire s’intensifient, sur votre corps, sur ce que vous avez mangé, sur ce que vous « devriez » faire, reconnaissez-les. Une phrase simple comme « Je remarque que je compare mon corps à celui des autres en ce moment » peut créer une distance salutaire et réduire l’intensité émotionnelle de ces pensées.
Réorienter l’attention vers ce que votre corps peut faire, plutôt que vers ce qu’il a l’air. Marcher dehors parce que ça fait du bien, pas pour « brûler des calories ». Manger quelque chose que vous aimez, sans culpabilité. Ces petits recadrages, répétés, participent activement au rétablissement et construisent une relation plus douce avec soi-même.
Déconstruire les mythes des « transformations express ». Les nettoyages alimentaires ou les remises en forme accélérées à l’approche de l’été sont contre-productifs et peuvent réactiver des comportements restrictifs ou compulsifs. Privilégier une alimentation régulière et bienveillante est une stratégie bien plus durable et saine.
Chercher du soutien. Traverser seul·e une période difficile n’est pas une obligation. Que ce soit auprès d’un·e proche ou d’un·e professionnel·le spécialisé·e en troubles alimentaires, chercher de l’aide est un signe de courage, pas de faiblesse.
Accepter que votre parcours est unique. Le rétablissement d’un trouble alimentaire n’a pas de saison parfaite. Il n’a pas non plus de ligne d’arrivée précise ou de calendrier imposé. Il commence là où vous êtes, aujourd’hui, avec ce que vous avez.
Le printemps n’est pas une invitation à vous transformer
Il est essentiel de déconstruire l’idée selon laquelle le printemps est une période obligée de transformation physique. Le corps que vous avez est celui qui vous soutient aujourd’hui, et chercher à le transformer hâtivement sous la pression saisonnière peut être une source majeure de détresse, risquant de réactiver des comportements difficiles propres aux troubles alimentaires.
La véritable transformation réside dans un changement de perspective : passer d’une focalisation sur l’apparence à celle du bien-être global. Plutôt que de viser un idéal souvent irréaliste, concentrez-vous sur les besoins réels de votre corps : une alimentation nourrissante, un sommeil réparateur, une activité physique qui procure du plaisir plutôt qu’une punition. L’objectif n’est pas de ressembler à un idéal saisonnier, mais de se sentir bien dans son corps, indépendamment de la saison.
Vivre avec un trouble du comportement alimentaire ne vous prive en aucun cas du droit à la légèreté, au plaisir ou à la beauté de ce renouveau. Vous êtes là. Vous traversez des choses difficiles. Et vous continuez. Prendre soin de votre relation avec la nourriture et votre corps est l’un des plus beaux gestes que vous puissiez poser pour vous-même, non pas parce que la société vous y invite, mais parce que vous le méritez pleinement.
Vous n’avez pas à traverser ça seul·e
Le chemin vers le rétablissement, particulièrement durant des périodes sensibles comme le changement de saison, est rarement un parcours solitaire. La solitude peut amplifier les angoisses et les doutes, rendant la gestion des troubles du comportement alimentaire encore plus ardue. Reconnaître la valeur du soutien professionnel est un pas fondamental vers le bien-être.
Si vous vous reconnaissez dans ces mots, si cette saison réveille des pensées difficiles, des comportements qui vous pèsent ou une souffrance que vous portez en silence, sachez qu’une aide spécialisée existe.
À la Clinique St-Amour, notre équipe multidisciplinaire accompagne les personnes vivant avec un trouble alimentaire avec une approche personnalisée, bienveillante et adaptée à votre réalité. Toute notre équipe est là pour vous soutenir à chaque étape de votre parcours, peu importe où vous en êtes.
Le premier pas peut sembler difficile. Mais vous n’avez pas à attendre que ça aille plus mal pour demander de l’aide.
Contactez-nous pour en apprendre plus sur nos services ou pour prendre rendez-vous.
Pour aller plus loin
Sur l’image corporelle et la pression saisonnière
- ÉquiLibre — Organisme québécois sur l’image corporelle positive et la diversité corporelle. Ressources, outils et campagnes de sensibilisation pour toute la population. https://equilibre.ca
- Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) — Section dédiée au poids, à la culture des diètes et à l’image corporelle. Inclus des fiches informatives sur la grossophobie et des guides pour des communications saines autour du poids. https://aspq.org/priorite/poids
- Gouvernement du Québec — Image corporelle — Page informative sur ce qu’est l’image corporelle, les signes d’une image corporelle positive ou négative, et les facteurs qui l’influencent. https://www.quebec.ca/famille-et-soutien-aux-personnes/enfance/developpement-des-enfants/consequences-stereotypes-developpement/image-corporelle
- PasseportSanté — Site québécois en santé offrant des articles pratiques et fiables sur le bien-être, le stress, l’alimentation et la santé mentale. https://www.passeportsante.net
